Par son droit divin sur les consciences, il nous domine, il nous intimide, il nous tient sous ses bulles et sous ses foudres.

Par sa souveraineté temporelle, nous le modérons, nous l'intimidons, nous le tenons en respect devant nos armes et devant nos diplomaties. C'est son cautionnement.

Tournez et retournez tant que vous voudrez la question de la souveraineté temporelle des papes, vous n'y trouverez à faire valoir politiquement que cela; c'est la meilleure raison, parce que c'est la vraie raison, et c'est la dernière que les partisans de cette souveraineté mystérieuse avaient pensé à faire valoir en faveur de cette possession d'un coin de terre par les maîtres du ciel.

Nous la donnons ici, cette raison, pour la première fois en explication du passé: elle est irréfutable pour ceux qui admettent les concordats; elle est sans valeur pour ceux plus religieux qui n'admettent comme nous d'autres concordats entre les gouvernements et les pontifes que le respect mutuel et la liberté absolue des consciences. Cette liberté absolue des consciences est la dignité vraie de la religion; elle est plus que la liberté humaine, car c'est Dieu qu'elle émancipe des lois de l'homme. Qu'est-ce que l'uniformité de foi par la force? qu'est-ce que la tranquillité des empires auprès de la liberté de Dieu dans les consciences?

XVII

Mais cette souveraineté temporelle des pontifes romains est-elle assujettie à d'autres lois que les souverainetés profanes ordinaires? Évidemment non; dans votre droit moderne, cette souveraineté est purement temporelle, elle subit ou peut subir les vicissitudes des temps: son nom le dit, temporelle!

Or qu'est-ce que la souveraineté dans le droit public moderne de l'Europe, depuis la décadence de ce que nous appelions le droit divin? C'est le droit des peuples de se donner à eux-mêmes le régime qui leur convient; les Romains ne sont point hors la loi de ce droit des peuples en ce qui concerne leur forme de gouvernement intérieur. Si donc il convenait aux États romains de modifier ou d'abolir chez eux la souveraineté des papes, pour adopter une autre forme de gouvernement civil, aucune autre puissance ne pourrait leur ravir ce droit et leur imposer l'allégeance à perpétuité pour cause de convenance des cultes en Europe; ce sacrifice d'un peuple à la convenance politique des autres peuples serait une condamnation sans crime qui révolterait la conscience du genre humain. S'il en était autrement, il y aurait donc deux droits publics ou deux vérités contradictoires en Europe: un droit public du monde entier, qui est le droit des peuples de modifier leur gouvernement; un droit public des États romains, qui serait la pétrification de la souveraineté civile dans Rome: c'est absurde!

XVIII

Que s'ensuit-il? Que les États romains, comme tous les États du monde moderne, peuvent, s'ils le jugent à propos, se constituer dans l'intérieur de leur limite, sous telle forme de gouvernement qui réunira l'assentiment de la majorité des citoyens.

Que s'ensuit-il encore? C'est qu'aucune nation étrangère, autrichienne, française ou piémontaise, n'a le droit de s'ingérer, les armes à la main, dans les volontés libres du peuple romain, soit pour imposer le gouvernement temporel des papes à ce peuple, soit pour l'abolir.