VI

Plus tard, la lutte que les papes avaient soutenue contre les barbares pour l'Italie, ils la soutinrent contre l'empire germanique, antagoniste permanent de leur puissance temporelle: ils la poursuivirent contre la prépotence des différentes tyrannies féodales qui s'élevèrent çà et là dans le domaine italien; ils furent l'obstacle à toute domination exclusive de quelques parties de l'Italie sur la patrie italienne; ils furent le centre de la confédération, car l'Italie est essentiellement fédérale; ils furent la présidence de la république nationale d'Italie.

VII

Ainsi arriva jusqu'à nos jours la papauté politique. La réforme l'affaiblit considérablement dans son ascendant sur l'empire germanique et dans son protectorat de l'Italie. L'Italie perdit en sécurité, à cette époque, tout ce que les papes perdirent en respect sur l'Angleterre, l'Allemagne, la Prusse, le nord de l'Europe. Du moment où les papes ne furent plus spirituellement sacrés et inviolables pour ces souverains, pour ces peuples, pour ces armées et pour la Germanie, ils furent temporellement plus faibles pour protéger l'Italie.

La philosophie accrut encore, dans le dix-huitième siècle, cette décadence des papes. Les cours les plus catholiques s'affranchirent avec des respects extérieurs, mais avec des révoltes hardies, de leur vassalité romaine: les ministres d'Aranda, à Madrid; Pombal, en Portugal; Tannuci, à Naples; Choiseul, à Paris; l'empereur Joseph II, à Vienne; le grand-duc Léopold, en Toscane; le vice-roi Firmiani, à Milan, refoulèrent les prétentions papales de Rome dans le sanctuaire; les milices même de ce sanctuaire furent hardiment licenciées par l'autorité politique de ces cours, les jésuites expulsés, ou les ordres monastiques dissous, leurs propriétés confisquées, la séparation du temporel ou du spirituel nettement formulée.

Bossuet, ce catéchiste éloquent, mais rebelle aux papes pour complaire au roi, avait couvert sa rébellion de génuflexions et de respects; mais il avait en réalité affranchi les trônes de la chaire de saint Pierre. La philosophie n'avait qu'à puiser dans l'arsenal catholique les armes de l'indépendance même spirituelle contre les papes. L'Église dite gallicane les prend, ces armes, des mains de l'évêque de Meaux. S'il y a une Église gallicane, que devient l'Église romaine? et s'il n'y a plus d'Église romaine, que devient l'unité? Au point de vue sérieusement catholique, Bossuet, tout en persécutant, au nom du roi, le protestantisme, a détrôné le pontificat romain.

VIII

Depuis Bossuet, les papes n'ont pas cessé de déchoir en puissance publique en Italie d'autant de degrés que Bossuet les a fait déchoir en autorité religieuse par l'Église gallicane. L'Angleterre maudissait le papisme, et désirait le voir dépouillé de sa royauté italienne autant que de sa vice-royauté divine; la Prusse le haïssait, la Russie le regardait avec les yeux jaloux de son patriarche russe, aspirant à lui opposer une seconde fois un patriarcat d'Orient; les États protestants de l'Allemagne triomphaient de s'en être affranchis.

La révolution française, en poussant la réaction philosophique au delà de la liberté, favorisa, sans le savoir, la double autorité spirituelle et temporelle des papes.

Pie VI, arraché à ses États, comme prisonnier de guerre, par des armées françaises, mourut détrôné et captif en France. Aussitôt après ses victoires d'Italie, Bonaparte rétablit le pape dans Rome, non-seulement comme pontife, mais comme souverain italien.