REVUE MENSUELLE.
X
Paris.—Typographie de Firmin Didot frères, fils et Cie, rue Jacob, 56.
LVe ENTRETIEN
L'ARIOSTE
(1re PARTIE).
I
Sortons un moment de l'art sérieux pour donner quelques heures d'attention à l'art du badinage; c'est le même art au fond, mais appliqué à l'amusement de l'esprit au lieu de s'appliquer à l'émotion de l'âme. Il faut s'amuser après tout, dit Voltaire; nous pensons, à cet égard, comme lui. Il faut avoir du plaisir, le plaisir est une des fonctions de l'homme; ce n'est pas en vain que la nature a donné le sourire à nos lèvres: seulement il faut que le plaisir soit innocent, délicat, spirituel, gracieux, et qu'on ne rougisse pas d'avoir joui. Après avoir souri avec un grand poëte comme Arioste, on rit avec un grand comique comme Molière. En d'autres termes, s'il faut s'enivrer de temps en temps, il ne faut s'enivrer que de bon vin et non pas de vil et dégoûtant breuvage. En d'autres termes encore, il faut lire l'Arioste et non pas l'Arétin; il faut lire le Roland furieux et non la Pucelle.
Ouvrons donc ensemble ce poëme inimitable, œuvre badine d'un homme qui n'a point eu d'égal dans l'antiquité, point d'émule dans les temps modernes: le divin Arioste.