Persévérante, longanime, sans scrupule, mais non sans honnêteté, en Autriche;

Vaine, chevaleresque et loyale, en Espagne;

Grecque, habile, à petits manéges et à grandes vues, en Russie;

Consommée, universelle, sachant toutes les langues des cabinets, à Rome, Rome, la grande école de la diplomatie moderne, puissance qui ne vit que de politique sur la terre, d'empire sur les consciences, de ménagements avec les cours, de résistance derrière ce qui résiste, d'abandon de ce qui tombe, d'acquiescement aux faits accomplis;

Dépendante et adulatrice, dans les petites cours d'Allemagne et d'Italie, clientes de la force et de la victoire;

Hardie, inquiète, insatiable, en Piémont; prompte à tout recevoir, quelle que soit la main qui donne; prête à tout prendre, quelle que soit la main qui laisse envahir;

Alpestre, rude, pastorale, probe, mais intéressée, en Suisse; non dépourvue d'une sorte d'habileté villageoise, se faisant appuyer par tout le monde, mais n'appuyant elle-même personne contre la fortune;

Enfin, simple et franche en Turquie, jouissance arriérée dans la voie de la corruption des cabinets européens; puissance de bonne foi, dont la candeur est à la fois la vertu et la faiblesse; puissance naïve qui n'a jamais eu de diplomatie que la ligne droite; puissance qui a toujours cru à toutes les paroles, et qui n'a jamais manqué à la sienne; puissance, enfin, destinée à être la grande et éternelle dupe de tous les cabinets, dupeurs de son ignorance et de sa loyauté.

Voilà les caractères dominants des nations qui ont une diplomatie: leur diplomatie est à leur image.

II