Notre système diplomatique d'inviolabilité des peuples et des trônes en fut confirmé au lieu d'en être altéré; au lieu de demander une réparation, le cabinet républicain n'eut à recevoir que des remercîments. Il en fut de même à Londres, où la grande manifestation radicale des trois cent mille chartistes, qui était venue nous demander le concours de deux ou trois cent mille ouvriers français, ne reçut de nous que le refus le plus sévère de prêter un seul Français à des excitations de guerre civile contre un gouvernement avec lequel nous étions en paix.

Il en fut de même à Dublin, quand les fauteurs de l'insurrection irlandaise vinrent, par l'organe de leur chef, me sommer publiquement à l'hôtel de ville, à la tête d'un rassemblement populaire, d'appuyer l'insurrection de l'Irlande contre l'Angleterre. Ma réponse, publique aussi, fut la réprobation la plus éclatante de toute intervention de la république française dans les insurrections intestines d'une partie de la Grande-Bretagne contre la mère-patrie.

L'Angleterre devrait s'en souvenir aujourd'hui, où elle intervient à haute voix à Naples et ailleurs par les incitations de ses ministres dans leurs harangues, et par la présence de ses volontaires devant Gaëte, contre des princes avec lesquels elle est en paix; intervention insurrectionnelle qui est le droit public de la guerre civile et le droit des gens de l'insurrection.

La guerre est déplorable sans doute; mais elle est respectable quand elle est purement nationale, c'est-à-dire quand elle est le soulèvement spontané et quelquefois héroïque des opprimés contre les oppresseurs. La guerre civile, au contraire, portée, formulée, encouragée par un gouvernement étranger contre des gouvernements avec lesquels ce gouvernement étranger n'est pas en guerre, cette guerre civile-là n'a pas eu de nom jusqu'ici dans la langue de la diplomatie, dans le vocabulaire du droit public; elle en aurait un désormais, elle s'appellerait la guerre britannique. Malheur aux ministres qui trempent leurs noms, jusque-là honorables, dans le sang de cette diplomatie de l'insurrection par fantaisie, et de la guerre civile par volontaires!

XV

Il en fut de même, enfin, pour la Pologne, quand, à la tête d'une émeute de trente mille vociférateurs recrutés dans les rues de Paris, les Polonais voulurent nous imposer la folie d'une déclaration de guerre au continent tout entier pour la cause malheureusement trois fois jugée de la Pologne. Je leur répondis que la France ne se laisserait jamais dicter sa politique par des étrangers, et que c'était aux Polonais de ressusciter la Pologne. Ils s'en vengèrent quelques jours après en venant, dans un tumulte nocturne, me menacer dans mon foyer d'une émeute irrésistible pour me contraindre à leur obéir: ils tinrent parole. Le 15 mai suivant, l'émeute, aux cris de: Vive la Pologne! vint envahir une assemblée souveraine française, et donner à Paris le spectacle des anarchies de Varsovie. Paris tout entier se leva pour réprimer cet outrage à sa représentation, et pour désavouer cette diplomatie en haillons qui jetait des cris sans les comprendre. Il ne fut pas donné à une diplomatie d'émigrés de dicter des lois à la nation française.

Cette diplomatie provisoire ne démentit pas, dans la tempête, la diplomatie de la France dans les temps réguliers; elle n'eut que le mérite des gouvernements de transition, elle ne compromit rien de l'avenir. L'esprit de M. de Talleyrand, de Mirabeau, de l'Assemblée constituante, l'esprit qui a pour objet la conquête des idées, au lieu de la conquête des territoires, était resté dans le cabinet des Tuileries.

XVI

Maintenant un autre gouvernement a surgi; mais la France est toujours la France, la vérité diplomatique est toujours la vérité. Examinons l'état de l'Europe à la minute juste où le temps et les événements nous ont porté. L'aiguille change de chiffre sur le cadran des temps, mais c'est toujours le même cadran.

XVII