Toute affirmation de pouvoir y est contredite par une négation. Démocratie, aristocratie, monarchie représentative, monarchie absolue, démagogie sans limites, sans capacité et sans responsabilité, théocratie sans contrôle et sans réforme possible; divinité de Dieu incarnée dans le pontife ou dans le corps sacerdotal, gouvernements mixtes, où les pouvoirs se gênent par les frottements ou bien s'équilibrent dans l'immobilité par les contre-poids; despotisme, tyrannie, anarchie, enfin maximes destructives de tout gouvernement, telle que celle-ci:

«LA SOUVERAINETÉ NE PEUT ÊTRE REPRÉSENTÉE PAR LA MÊME RAISON QU'ELLE NE PEUT ÊTRE ALIÉNÉE, PARCE QU'ELLE CONSISTE DANS LA VOLONTÉ GÉNÉRALE, ET QUE LA VOLONTÉ NE SE REPRÉSENTE PAS!» Idéalité abstraite substituée à toute réalité pratique, et qui rend tout gouvernement impossible en le rendant purement idéal.

Écoutez cette autre maxime, non moins anarchique par ses conséquences: «À L'INSTANT OÙ UN PEUPLE SE DONNE DES REPRÉSENTANTS, IL N'EST PLUS LIBRE, IL N'EXISTE PLUS!» Maxime qui conduirait le peuple à l'ubiquité de temps, de lieu, de fonction, d'aptitude, ou à la servitude et à l'anéantissement! Maxime que nous avons vu resurgir des théories métaphysiques de nos jours, maxime renouvelée des rêveries de J.-J. Rousseau; maxime qui ne renverse pas moins tout bon sens que toute société nationale!

IX

Plus loin, Rousseau prétend établir que, LES CITOYENS ÉTANT ÉGAUX (ce qui n'est pas plus vrai des hommes que des arbres), nul n'a le droit d'EXIGER QU'UN AUTRE FASSE CE QU'IL NE FAIT PAS LUI-MÊME, ce qui condamnerait le souverain à monter la garde à la porte de son propre palais, ou le général à combattre au même rang et au même poste que chacun de ses soldats!

En matière de religion, J.-J. Rousseau professe dans le Contrat social la doctrine impie qui impose la tyrannie de l'État jusque dans l'inviolabilité des âmes, la doctrine de l'unité de religion politique dans l'État; SANS CELA, dit-il, jamais l'État ne sera bien constitué.

Ainsi ce n'est pas seulement sa liberté que le citoyen doit céder au roi, c'est son âme. Dieu est le sujet du peuple ou du roi!

Quel libéralisme dans ce législateur oppresseur de toute liberté! la philosophie et la théologie aboutissant à une religion civile et non divine!

Là finit le livre, car la tyrannie populaire ou royale ne va pas plus loin! Hic tandem stetimus nobis ubi defuit orbis.

Fermons donc ce livre, et plaignons le philosophe d'avoir rencontré un tel peuple pour l'admirer, et plaignons le peuple d'avoir eu un tel philosophe pour législateur!