XXV
Qu'en résultera-t-il pour nous, France?
Serons-nous alliés à tout prix de la monarchie unitaire du Piémont en Italie?
Serons-nous alliés de l'Autriche?
Si nous sommes alliés de l'Autriche, nous agirons contre notre nature et contre nos intérêts en aidant l'Autriche à reprendre une situation prépondérante en Italie.
Si nous sommes alliés de l'unité monarchique piémontaise en Italie, nous serons quatre puissances militaires réunies en une seule agression contre l'Autriche: la France, l'Angleterre, la Prusse et l'Italie.
Qu'arrivera-t-il?
Nous anéantirons inévitablement l'Autriche sous cette quadruple alliance contre elle. Or, l'Autriche anéantie stupidement par nous, qu'aurons-nous fait? Deux choses, que la France doit redouter plus que toute chose au monde.
Premièrement, nous aurons fait cette monstruosité antifrançaise, l'unité de l'Allemagne sous la main anglaise de la Prusse, c'est-à-dire l'unité de cinquante millions d'Allemands liés à l'Angleterre contre trente-six millions de Français seuls dans le monde.
Secondement, nous aurons renversé, en détruisant l'Autriche, notre seul boulevard contre la Russie. La Russie aura la route libre sur nous et sur l'Italie. Le monde sera, quand la Russie voudra, moscovite. Il n'y aura plus que deux puissances, l'Angleterre et la Russie; ou bien la France, sans alliance, sera obligée de descendre à la subalternité des puissances secondaires; ou bien encore la France, comme après Azincourt, sera obligée de se reconquérir elle-même par une énergie qui est en elle, mais qui ne se retrouvera sur terre et sur mer que dans son sang.