Le sénat, abrité enfin par cette poignée de satellites de Milon, et encouragé à l'audace par l'indignation du peuple, qui commençait à rougir de lui-même, porta le décret de rappel de Cicéron.

Le même décret ordonnait que ses maisons seraient rebâties aux frais du trésor public.

Pompée lui-même sortit de son apathie, et rentra à Rome pour y rétablir les lois et pour y appuyer de l'autorité des armes le rappel de Cicéron.

Le retour de l'orateur à Rome fut un triomphe continu de Brindes jusqu'à Rome.

Clodius, à la tête de la populace, osa l'affronter encore. Cicéron fut obligé de s'abriter contre ce persécuteur dans sa retraite d'Antium et dans la seule culture des lettres. Nous verrons plus tard ce qu'il y composa. Ce fut l'époque poétique de sa vie; le loisir et l'infortune le refirent poëte. Ses poëmes, perdus aujourd'hui, étaient, dit-on, dignes de son éloquence.

Cependant un honnête homme indigné, Milon, tua Clodius.

Cicéron revint à Rome pour y défendre Milon devant ses juges.

Mirabeau, dans son discours sur la banqueroute, a évidemment imité une des figures les plus hardies de la péroraison du discours de Cicéron pour son ami et son vengeur Milon.

«Et ne dites donc pas qu'emporté par la haine, je déclame avec plus de passion que de vérité contre un homme qui fut mon ennemi. Sans doute personne n'eut plus que moi le droit de haïr Clodius; mais c'était l'ennemi commun, et ma haine personnelle pouvait à peine égaler l'horreur qu'il inspirait à tous. Il n'est pas possible d'exprimer ni même de concevoir à quel point de scélératesse ce monstre était parvenu. Et, puisqu'il s'agit de la mort de Clodius, imaginez, citoyens (car nos pensées sont libres, et notre âme peut se rendre de simples fictions aussi sensibles que les objets qui frappent nos yeux), imaginez, dis-je, qu'il soit en mon pouvoir de faire absoudre Milon sous la condition que Clodius revivra... Eh quoi! vous pâlissez! Quelles seraient donc vos terreurs s'il était vivant, puisque, tout mort qu'il est, la seule pensée qu'il puisse vivre vous pénètre d'un tel effroi!..............

«Les Grecs rendent les honneurs divins à ceux qui tuèrent des tyrans. Que n'ai-je pas vu dans Athènes et dans les autres villes de la Grèce! Quelles fêtes instituées en mémoire de ces généreux citoyens! quels hymnes! quels cantiques! Le souvenir, le culte même des peuples consacrent leurs noms à l'immortalité; et vous, loin de décerner des honneurs au conservateur d'un si grand peuple, au vengeur de tant de forfaits, vous souffririez qu'on le traîne au supplice!..