«Car qui peut nier que la sagesse n'ait été connue anciennement, et déjà nommée de ce beau nom par où l'on entend la connaissance des choses, soit divines, soit humaines, de leur origine, de leur nature?»

Le principe que l'exercice de la vertu est la seule chose qui puisse s'appeler bonheur sur la terre est développé avec le même élan de conviction dans toute cette œuvre.

«La vertu, dit-il, c'est la perfection ou le degré de perfection assigné à chaque créature par la nature. Quoi qu'il en soit, l'homme toujours modéré, toujours égal, toujours en paix avec lui-même, jusqu'au point de ne se laisser jamais ni accabler par le chagrin, ni abattre par la crainte, ni enflammer par de vains désirs, ni amollir par une folle joie, c'est là cet homme sage, cet homme heureux que je cherche. Rien sur la terre, ni d'assez formidable pour l'intimider, ni d'assez estimable pour lui enfler le cœur.

«Que verrait-il dans tout ce qui fait le partage des humains, qu'y verrait-il de grand, lorsqu'il se met l'éternité devant les yeux, et qu'il conçoit l'immensité de l'univers? À quoi se bornent les objets qui sont à notre portée! À quoi se bornent nos jours! Et d'ailleurs un homme sage fait continuellement autour de lui une garde si exacte qu'il ne lui peut rien arriver d'imprévu, rien d'inopiné, rien qui lui paraisse nouveau. Partout il jette des regards si perçants qu'il découvre toujours une retraite assurée où il puisse, quelque injure que lui fasse la fortune, se tranquilliser.»

«Toutes ses productions sont parfaites en leur genre, non-seulement celles qui sont animées, mais même celles qui sont faites pour tenir à la terre par leurs racines. Ainsi les arbres, les vignes et jusqu'aux plus petites plantes, ou conservent une perpétuelle verdure, ou, après s'être dépouillées de leurs feuilles pendant l'hiver, s'en revêtent tout de nouveau au printemps; il n'y en a aucune qui, par un mouvement intérieur et par la force des semences qu'elle renferme, ne produise des fleurs ou des fruits; de sorte qu'à moins de quelque obstacle, elles parviennent toutes au degré de perfection qui leur est propre.

«Les animaux, étant doués de sentiment, manifestent encore mieux la puissance de la nature. Car elle a placé dans les eaux ceux qui sont propres à nager; dans les airs, ceux qui sont disposés à voler; et, parmi les terrestres, elle a fait ramper les uns, marcher les autres; elle a voulu que ceux-ci vécussent seuls, et ceux-là en troupeaux; elle a rendu les uns féroces, les autres doux; il y en a qui vivent cachés sous terre. Chaque animal, fidèle à son instinct, sans pouvoir changer sa façon de vivre, suit inviolablement la loi de la nature.

«Et, comme toute espèce a quelque propriété qui la distingue essentiellement, aussi l'homme en a-t-il une, mais bien plus excellente; si c'est parler convenablement, que de parler ainsi de notre âme, qui est d'un ordre tout à fait supérieur, et qui, étant un écoulement de la divinité, ne peut être comparée, l'oserons-nous dire, qu'avec Dieu même. Cette âme donc, lorsqu'on la cultive et qu'on la guérit des illusions capables de l'aveugler, parvient à ce haut degré d'intelligence qui est la raison parfaite, à laquelle nous donnons le nom de vertu. Or, si le bonheur de chaque espèce consiste dans la sorte de perfection qui lui est propre, le bonheur de l'homme consiste dans la vertu, puisque la vertu est sa perfection.»

X

Les Entretiens sur la nature des dieux suivirent les Tusculanes. L'orateur philosophe sentait grandir sa pensée, son talent et son courage, en abordant le plus grand objet de la pensée, la Divinité.

Il commence par s'excuser d'oser écrire sur une matière aussi auguste: