Il apprend que les pontifes romains ont été très-ignorants, mais que César réforme actuellement le calendrier.

On lui avoue que le collége des augures a été établi dans les premiers temps de la barbarie; qu'on a laissé subsister cette institution ridicule, devenue chère à un peuple longtemps grossier; que tous les honnêtes gens se moquent des augures; que César ne les a jamais consultés; qu'au rapport d'un très-grand homme nommé Caton, jamais augure n'a pu parler à son camarade sans rire; et qu'enfin Cicéron, le plus grand orateur et le meilleur philosophe de Rome, vient de faire contre les augures un petit ouvrage, intitulé de la Divination, dans lequel il livre à un ridicule éternel tous les aruspices, toutes les prédictions et tous les sortiléges dont la terre est infatuée. L'empereur de la Chine a la curiosité de lire ce livre de Cicéron; les interprètes le traduisent; il admire le livre et la république romaine.»

XII

Le début du second livre de cet ouvrage a la candeur d'une confidence et la majesté de la conscience. Lisez-le; on aime toujours l'homme privé dans l'homme public:

«Toutes les fois que j'ai songé aux meilleurs moyens d'être utile à ma patrie et de servir ainsi sans interruption les intérêts de la république, pensées qui me préoccupent souvent et longuement, rien ne m'a paru plus propre à ce dessein que d'ouvrir à mes concitoyens, comme je crois l'avoir déjà fait par plusieurs traités, la route aux nobles études.

«Ainsi, dans celui que j'ai intitulé Hortensius, je les ai exhortés de tout mon pouvoir à se livrer à l'étude de la philosophie.

«Dans mes quatre livres Académiques, je leur ai montré quelle sorte de philosophie me semblait la moins arrogante, la plus positive et la plus propre à former le goût.

«Enfin, la connaissance des vrais biens et des vrais maux étant le fondement de toute la philosophie, j'ai épuisé ce sujet important dans cinq livres consacrés à faciliter l'intelligence de tout ce qu'on a dit pour et contre chaque système.

«Dans cinq autres livres de dissertations, les Tusculanes, j'ai recherché quelles étaient, pour l'homme, les principales conditions du bonheur: le premier traite du mépris de la mort; le second, du courage à supporter la douleur; le troisième, des moyens d'adoucir les peines; le quatrième, des autres passions de l'âme; et le cinquième enfin développe cette maxime, qui jette un si vif éclat sur l'ensemble de la philosophie, que la vertu seule suffit au bonheur. Ces travaux terminés, j'ai écrit sur la Nature des dieux trois livres, comprenant tout ce qui se rattache à cette question; et, pour remplir ma tâche dans toute son étendue, j'ai commencé à traiter de la divination. Quand j'aurai joint à ces deux livres, selon mon dessein, un traité du Destin, n'aurai-je pas épuisé la matière?

«À ces ouvrages ajoutons six livres de la République, écrits à l'époque à laquelle je tenais les rênes du gouvernement de l'État; question immense, intimement liée à la philosophie et largement traitée par Platon, Aristote, Théophraste et toute la famille des péripatéticiens. Que dirai-je de ma Consolation, qui, après avoir remédié à mes propres maux, soulagera davantage encore, j'espère, ceux des autres? Parmi ces divers écrits, j'ai publié dernièrement le traité de la Vieillesse, dédié à Atticus, mon ami; et, comme c'est principalement à la philosophie que l'homme doit sa vertu et son courage, mon éloge de Caton doit aussi prendre place dans cette collection.