III

D'abord, il faut qu'il soit né poëte, c'est-à-dire sensible, coloriste, éloquent de nature; car comment ferait-il sentir dans son style ce qu'il n'aura pas senti lui-même?

Comment colorerait-il de nuances convenables ses portraits et ses tableaux, si, au lieu de palette dans l'imagination, il n'a qu'un peu d'encre au bout de sa plume?

Comment ferait-il parler ses acteurs, s'il ne sait pas lui-même parler?

Dire, c'est créer. Que créera-t-il, s'il ne sait dire?

Il faut ensuite qu'il soit philosophe, c'est-à-dire qu'il ne se borne pas à la surface des faits, mais qu'il les creuse et qu'il les interroge pour leur faire rendre le sens caché qui est en eux, ou la sagesse des choses humaines; car les événements ne sont pas une vaine accumulation de faits et de personnages, passant devant les yeux de Dieu et devant les yeux des hommes, sans autre langage que ce fracas du temps, qui roule tumultueusement dans son cours les religions, les institutions et les empires.

Ces événements, bien vus, bien écoutés, bien compris, ont un langage parfaitement intelligible qui s'appelle l'expérience, la leçon, la moralité, la sagesse, la philosophie des choses. Il faut que l'historien, profondément sage, comprenne ce langage des événements pour l'interpréter aux autres hommes.

Un véritable historien n'est qu'un traducteur, mais c'est le traducteur des desseins de Dieu. Il déchiffre les hiéroglyphes de la Providence.

IV

Il faut qu'il soit honnête homme, c'est-à-dire probe d'esprit, sincère, véridique: car, s'il trompe, ou s'il dissimule, ou s'il invente, ou s'il ment, plus d'histoire; il n'est plus que le faussaire des actes de Dieu.