XVII
«Les avis courageux, dit Tacite, n'avaient point d'accès dans son oreille; son esprit s'écroulait sous les soucis et les angoisses. Il craignait qu'une lutte plus obstinée ne rendît le vainqueur plus inexorable. Il avait une mère affaissée par les années, qui toutefois, par une mort opportune, échappa, peu de jours avant, au spectacle de la catastrophe de sa maison, n'ayant gagné elle-même à la souveraineté de son fils que des chagrins et une estime générale.»
XVIII
«Le 15 des calendes de janvier, à la nouvelle de la défection des légions et des cohortes à Narni, Vitellius sort de son palais, vêtu de deuil et entouré de sa famille éplorée; on portait près de lui, dans une petite litière, son fils en bas âge comme dans une pompe funèbre. Les paroles du peuple, à l'aspect de ce cortége, étaient décourageantes et intempestives; les soldats restaient dans un silence menaçant.
«Nul cependant n'était assez insensible aux vicissitudes des choses humaines pour ne pas s'émouvoir à ce spectacle. Le souverain des Romains, si peu de temps auparavant, le maître de l'univers, abandonnant le siége de sa puissance, sortait de l'empire, à travers son peuple, au milieu de sa capitale.
«Jamais on n'avait rien contemplé, jamais rien entendu de comparable.
«Une conjuration soudaine avait assailli le dictateur Jules César; des embûches cachées avaient fait trébucher Caligula; les ténèbres de la nuit et une maison de campagne obscure avaient abrité la fuite de Néron; Pison et Galba étaient tombés comme sur un champ de bataille; Vitellius, au contraire dans une assemblée publique, au milieu de ses propres soldats, en présence même des femmes, parla en termes brefs et convenables à la tristesse présente de sa situation.»
XIX
«Il dit qu'il se retirait par sollicitude pour la paix publique et pour le salut de l'État. Il demanda qu'on lui conservât un souvenir, qu'on prît en pitié son père, sa femme et l'âge innocent de ses enfants. Puis, élevant son fils dans ses bras tendus vers la foule, et le recommandant tantôt à chacun en particulier, tantôt à tous, et interrompu par ses propres sanglots, il détache son épée de sa ceinture et la remet au consul présent, Cécilius Simplex, en témoignage du droit de vie et de mort qu'il abdiquait sur les citoyens.
«Le consul ayant refusé de la recevoir, et les spectateurs l'engageant à la déposer, avec les marques du pouvoir impérial, dans le temple de la Concorde, il se dirigea vers la maison de son frère. Mais une clameur plus obstinée s'oppose à ce qu'il aille demander asile à des pénates privés, et le rappelle forcément au palais. Tout autre chemin lui étant fermé, et n'ayant d'ouvert devant lui que la voie Sacrée, qui y mène, il rentre dans son palais.»