Plus loin, au pied de l'Acropolis, vous passez sous une porte obscure et basse, sous laquelle quelques Turcs en guenilles sont couchés à côté de leurs riches et belles armes; vous êtes dans Athènes.
Le premier monument digne du regard est le temple de Jupiter Olympien, dont les magnifiques colonnes s'élèvent seules sur une place déserte et nue, à droite de ce qui fut Athènes, digne portique de la ville des ruines!
À quelques pas de là, nous entrâmes dans la ville, c'est-à-dire dans un inextricable labyrinthe de sentiers étroits et semés de pans de murs écroulés, de tuiles brisées, de pierres et de marbres jetés pêle-mêle, tantôt descendant dans la cour d'une maison écroulée, tantôt gravissant sur l'escalier ou même sur le toit d'une autre: dans ces masures petites, blanches, vulgaires, ruines de ruines, quelques repaires sales et infects, où des familles de paysans grecs sont entassées et enfouies.
Çà et là, quelques femmes aux yeux noirs et à la bouche gracieuse des Athéniennes, sortaient, au bruit des pas de nos chevaux, sur le seuil de leur porte, nous souriaient avec bienveillance et étonnement, et nous donnaient le gracieux salut de l'Attique: «Bienvenus, seigneurs étrangers, à Athènes!»
XLIV.
Nous arrivâmes, après un quart d'heure de marche parmi les mêmes scènes de dévastation et les mêmes monceaux de murs et de toits écroulés, à la modeste demeure de M. Gaspari, agent du consulat de Grèce à Athènes. Je lui avais envoyé le matin la lettre qui me recommandait à son obligeance. Je n'en avais pas besoin: l'obligeance est le caractère de presque tous nos agents à l'étranger.
M. Gaspari nous reçut comme des amis inconnus; et, pendant qu'il envoyait son fils chercher une maison pour nous dans quelque masure encore debout d'Athènes, une de ses filles, Athénienne, belle et gracieuse image de cette beauté héréditaire de son pays, nous servait, avec empressement et modestie, du jus d'orange glacé dans des vases de terre poreuse, aux formes antiques.
Après nous être un moment rafraîchis dans cet humble asile d'une simple et cordiale hospitalité, si douce à rencontrer sous un ciel brûlant, à huit cents lieues de son pays, à la fin d'une journée de tempête, de soleil et de poussière, M. Gaspari nous conduisit au bas de la ville, à travers les mêmes ruines, jusqu'à une maison blanche et propre, élevée tout récemment, et où un Italien avait monté une auberge.
Quelques chambres blanchies à la chaux et proprement meublées, une cour rafraîchie par une source et par un peu d'ombre, au pied de l'escalier une belle lionne en marbre blanc, des fruits et des légumes abondants, du miel de l'Hymette calomnié par M. de Chateaubriand, des domestiques grecs entendant l'italien, empressés et intelligents, tout cela doubla de prix pour nous, au milieu de la désolation et de la nudité absolue d'Athènes.
On ne trouverait pas mieux sur une route d'Italie, d'Angleterre ou de Suisse. Puisse cette auberge se soutenir et prospérer pour la consolation et le bien-être des voyageurs à venir! Mais, hélas! depuis quarante huit jours, aucun étranger n'en avait franchi le seuil ni troublé le silence.