VIII.

Et moi aussi, lui disais-je, j'ai porté mon refus de service au roi nouveau, favori, complice peut-être de la fortune.

Je résigne des fonctions honorifiques ou lucratives que je tiendrais de la faveur du prince, mais je ne résigne pas mon patriotisme; et si le peuple, revenu de son égarement, me désigne pour le servir dans ses comices, j'obéirai à son appel. En attendant, je vais voyager quelques années dans cet Orient que vous déchiffrez aujourd'hui.

IX.

Ainsi dit, ainsi fait: il s'abîma dans ses études, je montai dans mon navire.

Quinze ans se passèrent; le peuple, dégoûté d'intrigues, avait renversé son idole. J'avais porté le poids d'un interrègne, j'avais contribué à remettre la France debout, et la France sous le nom de République; la République s'était hâtée d'être ingrate; elle avait remis l'épée à un soldat. J'étais revenu, soulagé et non surpris, me reposer quelques jours du fardeau d'une année et réparer mes forces dans ma solitude; j'allai voir mon voisin, le solitaire d'Audour.

—Eh bien! quoi de nouveau? me dit-il.

—Rien de nouveau, lui criai-je en descendant de mon cheval; de quelque nom qu'on l'appelle, monarchie ou république, le peuple est toujours peuple, c'est-à-dire ignorant et mobile. À peine règne-t-il qu'il est déjà las de son règne; il n'aura pas de repos qu'il n'ait créé un nouveau règne.

L'opposition libérale a déjà démasqué le bonapartisme, cette superstition du sabre. Je vois poindre une dynastie populaire retrempée depuis trente ans dans les légendes de la guerre. Un Bonaparte, nommé président de la République, couve un empereur. Espérons qu'il aura plus de génie civil que son oncle n'avait eu de génie militaire. S'il en est ainsi, ce sera une halte dans les vicissitudes de l'Europe; je vais voyager de nouveau en Orient. La République fait peur d'elle-même à la France; la Montagne s'amuse à jouer à la Terreur, la Terreur est une machine usée qui irrite tout le monde et qui n'intimide personne. Une république qui joue à la peur entre un peuple effrayé et un chef ambitieux a bientôt perdu la liberté. Détournons les yeux, nous n'avons pas pu leur inspirer la prudence.

Laissons aller le monde à son courant de hasard! Adieu, nous nous reverrons dans deux ans. Et je partis.