Mais il n'y est pas tombé sans soutien et sans amis pour le soutenir, et pour retourner sa tête sur son chevet à sa dernière heure, comme on l'a écrit par erreur ou par prétention à l'effet dans certains récits.

Rien n'est plus faux. Le hasard me rendit témoin des tendresses vraiment paternelles de son frère et de ses amis, quand ils vinrent eux-mêmes à Paris le chercher, Benjamin de la famille, dans sa retraite de la rue Neuve-Coquenard, pour l'emmener sous le bras respirer chez eux, en Normandie, l'air vivifiant de l'été, et des loisirs, et du jardin de famille.

Ce fut encore le bras de son frère qui l'amena chez moi la veille de son départ, et qui l'emporta à travers la cour de ma petite maison dans sa voiture: ils partaient le lendemain. Les soins pieux et féminins de ce frère, qui le soutenait de l'argent de sa bourse comme de son bras, nous touchèrent tous jusqu'aux larmes. La dernière providence d'un malheureux, c'est la famille. La sienne était adorée de lui, et voyait en lui, non-seulement son pupille, mais son orgueil.

XXVI.

Voici la vérité vraie, elle est assez pathétique pour qu'on n'y ajoute pas une mise en scène contre laquelle il s'élèverait du tombeau pour protester.

Les deux frères partirent le lendemain de leur visite chez moi, ensemble, pour Rouen, le 2 juin dernier. Son frère le conduisit lui-même chez sa fille, mariée à Elbeuf, nièce accoutumée à chérir et à soigner cet oncle, amour et orgueil de la famille. Il y vécut pendant six semaines, les plus douces peut-être de sa vie, en pleine paix, en plein amour dans la maison, en pleine ombre, en plein soleil dans le jardin, comme ces haltes du voyageur, quand le jour va tomber et qu'il aperçoit déjà les clochers de la ville où le sommeil l'attend, après les lassitudes de la route.

Une idée fatale le saisit: «Le ciel est beau, la température tiède, l'été des tropiques doit avoir réchauffé les flots qui nous viennent de là; je voudrais me rajeunir en me retrempant dans la mer.»

On craignit que l'énergie saline de la mer ne fût contraire à l'apaisement des douleurs névralgiques dont il avait toujours été affecté. On lui représenta qu'il était à craindre qu'arrivé à l'âge où tout se calme, ces bains amers ne lui donnassent des secousses qu'il convient d'éviter, quand la nature elle-même se traite par la résignation et par le temps. Il était, comme tout le monde, impatient d'accélérer la nature, ce grand médecin que nous portons en nous.

Il insistait; on le conduisit à Puys, petit hameau de pêcheurs dans le voisinage de Dieppe.

Il paraît qu'une première hospitalité dans une maison banale de bains ne convenait pas, par son prix, à la modicité de ses ressources. Il la quitta volontairement et précipitamment et alla demander asile, économie et paix, dans une chaumière de pêcheur, plus modique et plus rapprochée de la grève.