Les idées sont nées avec notre âme, et ne font que s'appliquer, pendant notre existence terrestre, aux phénomènes qui sont sous notre perception.
Comment l'âme, qui est immatérielle, peut-elle agir sur nos sens, qui sont matière? et comment les sens, qui sont matière, peuvent-ils agir sur l'âme immatérielle? Platon s'arrête ici comme l'esprit humain; il s'embarrasse dans ses paroles équivoques, et il ne conclut pas, parce qu'il n'y a évidemment rien à conclure.
Un seul mot explique cette inexplicable union de l'âme et du corps, et ce mot est: mystère.
La philosophie arabe dit seule le vrai mot de ce mystère, comme la philosophie du christianisme: Dieu l'a voulu ainsi! C'est le mot vrai, et hors ce mot tout est absurde.
L'âme ne tire donc, selon Platon, la lumière innée, ou la révélation préexistante qui l'éclaire, que d'une certaine participation non définie, et indéfinissable en effet, de l'essence divine ou de la nature de Dieu. Ce dogme vient évidemment du haut Orient; il touche à ce qu'on appelle improprement panthéisme, panthéisme dont on pourrait également accuser le christianisme dans ces mots de saint Paul: Nous vivons en Dieu, nous nous mouvons en Dieu, nous sommes, nous existons en Dieu.
II.
Il y a deux sciences, continue le platonisme: l'une, qui vient par les sens, et qui est faible, étroite, fautive, subalterne comme les sens; de ce genre sont les mathématiques elles-mêmes, qui ne définissent que des choses matérielles elles-mêmes comme les sens, espaces, étendues, nombres, etc.
L'autre science, qui préexiste en nous, et qui est en nous une sorte de réminiscence des choses divines, est la science de ce qui est et ce qui doit être en soi-même, de ce qui est conforme au modèle intérieur divin des choses, le beau, le bon, le juste, le saint, le parfait, l'absolu, l'idéal, comme nous disons aujourd'hui.
Platon dégage de cette théorie toutes les applications morales ou politiques qui en découlent. Sa théologie et sa législation sont d'une seule et même nature: l'idéal de la perfection.
Une seule chose l'embarrasse dans cette théologie, c'est l'existence de la matière; il ne veut pas la reconnaître divine, et cependant il ne veut pas reconnaître que Dieu ait pu créer, lui esprit, une substance si étrangère à sa perfection; il fait donc coexister la matière avec Dieu.