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«Je demande à mon âme ce qu'elle a vu aujourd'hui, ce qu'elle a appris, ce qu'elle a aimé, car chaque jour elle aime quelque chose.
«Ce matin j'ai vu un beau ciel, le marronnier verdoyant, et entendu chanter les petits oiseaux. Je les écoutais sous le grand chêne, près du Téoulé dont on nettoyait le bassin.
«Ces jolis chants et ce lavage de fontaine me donnaient à penser diversement: les oiseaux me faisaient plaisir, et, en voyant s'en aller toute bourbeuse cette eau si pure auparavant, je regrettais qu'on l'eût troublée, et me figurais notre âme quand quelque chose la remue; la plus belle même se décharme quand on en touche le fond, car au fond de toute âme humaine il y a un peu de limon.
«Voilà bien la peine de prendre de l'encre pour écrire de ces inutilités!»
Cette âme aimante épie toute chose pour l'aimer. Le 15, elle entend le premier rossignol.
Le 15 avril.
«À mon réveil, j'ai entendu le rossignol, mais rien qu'un soupir, un signe de voix. J'ai écouté longtemps sans jamais entendre autre chose. Le charmant musicien arrivait à peine et n'a fait que s'annoncer. C'était comme le premier coup d'archet d'un grand concert. Tout chante ou va chanter.»
Et quelques pages plus loin, à propos d'un enfant de deux ans, à qui la mort a enlevé sa mère:
«Le cœur apprend à s'affliger comme il apprend à aimer, en grandissant.»