«Une lettre, mais pas de toi! C'est d'Euphrasie qui me donne des nouvelles de Lili, tristes nouvelles qui me font craindre de perdre cette pauvre amie. Je vais à Cahuzac en faire part à ma tante.»
XVII.
La Vialarette, une bonne servante volontaire du hameau, vient à mourir. Écoutez:
Le 16 mars.
«La Vialarette ne te portera plus des marrons et des échaudés de Cordes; la pauvre fille! elle est morte la nuit dernière. Je la regrette pour ses qualités, sa fidélité, son attachement pour nous. Étions-nous malades? elle était là; fallait-il un service? elle était prête, et puis d'une discrétion, d'une sûreté! du petit nombre de personnes à qui l'on peut confier un secret. C'était le sublime de sa condition, ce me semble, que cette religion du secret que l'éducation ne lui avait pas apprise. Je lui aurais tout confié.
«L'enterrement était pénible à voir; mais j'ai voulu accompagner jusque-là celle qui n'a ni frère ni sœur, celle qui a suivi sur ce cimetière tous ceux des nôtres qu'elle a vus mourir, celle qui a fait tant de pas pour nous, hélas! à pareil jour, samedi. Enfin j'ai voulu lui donner cette marque d'affection et l'accompagner de mes prières jusqu'au bord de l'autre monde. J'ai entendu la messe à côté de son cercueil.
«Il fut un temps où cela m'aurait effrayée; à présent, je ne sais pas comment je trouve tout naturel de mourir; cercueils, morts, tombes, cimetières, ne me donnent que des sentiments de foi, ne font que reporter mon âme là-haut. La chose qui m'a le plus frappée, ç'a été d'entendre la bière tombant dans la fosse: sourd et lugubre bruit, le dernier de l'homme. Oh! qu'il est pénétrant, comme il va loin dans l'âme qui l'écoute! Mais tous ne l'écoutent pas; les fossoyeurs avaient l'air de voir cela comme un arbre qui tombe; le petit Cotive et d'autres enfants regardaient là-dedans comme dans un fossé où il y aurait des fleurs, l'air curieux et étonné. Mon Dieu! mon Dieu! quelle indifférence entoure la tombe! Que les saints ont raison de mourir avant l'heure, de faire leurs propres obsèques en se retirant du monde! Est-ce la peine d'y demeurer? Non, ce n'est pas la peine, si ce n'était quelques âmes chères à qui Dieu veut qu'on tienne compagnie dans la vie. Voilà papa qui vient de me visiter dans ma chambre et m'a laissé en s'en allant deux baisers sur le front. Comment laisser ces tendres pères?»
XVIII.
Elle raconte qu'elle va se chauffer au soleil, pendant l'office des morts, dans le cimetière du hameau.