«Une de mes amies demandait une fois des prières pour son chien malade; je me moquai d'elle et trouvai sa dévotion mal placée. Aujourd'hui j'en ferais comme elle, je ne trouve pas cette prière si étrange: tant le cœur change l'esprit! Je n'aimais pas Bijou alors; ma conscience ne s'offusque pas d'intéresser le bon Dieu à la conservation d'une bête. Y a-t-il rien d'indigne dans ses créatures, et ne peut-on pas lui demander la vie de celles que nous aimons? Je suis portée à le croire et qu'on peut, excepté le mal, tout demander à Dieu, au bon Dieu. Ce nom familier, ce nom populaire de la Divinité m'inspire toute sorte de confiance. Qu'attendre d'un être inaccessible, si loin, si loin de l'homme qu'on ne peut pas l'aimer en l'adorant? et le cœur, cependant, veut aimer ce qu'il adore et adorer ce qu'il aime; ce qui s'est fait quand Dieu s'est fait chair, quand il a habité parmi nous. De cette condescendance infinie nous est venue notre foi confiante. Il faut que je retourne auprès de mon pauvre Bijou qui, certes, m'a menée assez loin.»

Le 1er juillet.

«Il est mort, mon cher petit chien. Je suis triste et n'ai guère envie d'écrire.»

Le 2 juillet.

«Je viens de faire mettre Bijou dans la garenne des buis, parmi les fleurs et les oiseaux. Là je planterai un rosier qui s'appellera le rosier du Chien. J'ai gardé les deux petites pattes de devant si souvent posées sur ma main, sur mes pieds, sur mes genoux. Qu'il était gentil, gracieux dans ses poses de repos ou de caresses! Le matin, il venait au pied du lit me lécher les pieds en me levant, puis il allait en faire autant à papa. Nous étions ses deux préférés. Tout cela me revient à présent. Les objets passés vont au cœur; papa le regrette autant que moi. Il aurait donné, disait-il, dix moutons pour ce cher joli petit chien. Hélas! il faut que tout nous quitte, ou tout quitter.»

XXV.

Et comme elle décrit les scènes de la vie rustique!

«Je retourne à la salle loin de papa; j'écrivais ceci au chant des jeunes poulets qui piquent l'herbe sous ma fenêtre, au bruit joyeux des moissonneurs qui sont dans les chènevières. Heureuses gens qui suent et qui chantent!

«Les gracieuses choses qui se voient dans les champs et que je viens de voir! Un beau champ de blé plein de moissonneurs et de gerbes, et, parmi ces gerbes, une seule debout faisant ombre à deux petits enfants, et leur grand'mère les faisant déjeuner avec du lait!

«Rien ne monte à ma chambre ce soir que le chant des cigales.