«Mme et M. de Faramond, une lettre de Louise, hier une d'Antoinette, plaisir et bonheur. Demain, je pars avec ces demoiselles. Adieu, cahier; mais je le prendrai peut-être pour me trouver avec toi.»

Le 25 août.

«Oh! les vieux châteaux, avec leurs grandes salles, leurs meubles antiques, leurs larges fenêtres d'où l'on voit tout le ciel, les portraits de belles dames et de grands seigneurs, cela fait je ne sais quel plaisir à voir, à s'y voir errant de chambre en chambre. Oh! j'aime les vieux châteaux, et je me complais depuis un jour dans cette jouissance. C'est de Montels que je t'écris, dans une chambre écartée où j'ai, par bonheur, trouvé de l'encre; j'avais oublié d'en prendre, et c'était grande privation de ne pouvoir rien tracer de tout ce qui se peint en moi dans cette demeure de mon goût. Je m'y plairais toujours, d'autant qu'à chaque endroit ce sont des souvenirs d'enfance, et tu sais comme ce passé fait plaisir. J'avais neuf ans quand je vins à Montels. En arrivant j'ai reconnu l'église sous son grand ormeau où j'allais sauter à l'ombre, puis la grande cour et puis la petite avec son puits, la porte à vitres du salon, et, dans ce salon, les grandes belles dames que j'aimais tant à voir; une à côté d'un capucin en méditation qui fait contraste, chose que je n'avais pas tant remarquée qu'à présent. Dans l'enfance, les effets de réflexion touchent peu. Nous sortons, nous courons.»

XXX.

Elle va à Paris; elle assiste à tout; elle soulage tout.—Avant de retourner au Cayla rejoindre son père, elle va passer quelques semaines en Nivernais chez une charmante amie digne d'elle, jeune, belle, lettrée, Mme de Maistre. Elle se lie d'amitié avec cette compagne dont l'âme aimante et mystique a de l'analogie avec la sienne.

Description de journées de joie et d'ennui dans son vieux château du Berry et de quelques courses jusqu'aux neiges de l'Auvergne. Effusions intimes par-ci par-là, qui rappellent l'âme à son nid comme le chalumeau du berger rappelle au bercail le troupeau dispersé.

À cette époque percent çà et là quelques mots qui font entrevoir un goût naissant, mais caché, pour un ami de son frère, M. d'Aurevilly, homme de même race, qui lui donne de temps en temps des nouvelles de son frère et qu'elle semble aimer par reconnaissance. Mais la pitié, tout aimable qu'elle est, n'est pas de l'amour! Il semble que M. d'Aurevilly avait le cœur engagé ailleurs. On ne sait rien à cet égard, tout flotte dans la pénombre, tout s'évanouit dans le silence et peut-être dans les larmes.—«Pauvre cœur, n'auras-tu pas trop de poids?—Oh! le mot! encore un mot de sainte Thérèse. Ou souffrir ou mourir! Xavier de Maistre est à Paris, je l'ai vu, je lui écris, je l'aime.» Qui n'eût pas aimé le vieillard de quatre-vingt-cinq ans, dont l'âme avait la naïve jeunesse de vingt-cinq ans?

XXXI.

Le 27 avril 1839.

«Il fut un temps, il y a quelques armées, où la pensée d'écrire à un poëte, à un grand nom, m'aurait ravie. Si, quand je lisais Prascovie ou le Lépreux, l'espoir d'en voir l'auteur ou de lui parler m'était venu, j'en aurais eu des enthousiasmes de bonheur. Ô jeunesse! Et maintenant j'ai vu, écrit et parlé sans émotion, de sang-froid et sans plaisir, ou que bien peu, celui de la curiosité[3], le moindre, le dernier dans l'échelle des sensations. Curiosité encore, il faut le dire, un peu décharmée, étonnée seulement de ne voir rien d'étonnant. Un grand homme ressemble tant aux autres hommes! Aurais-je cru cela, et qu'un Lamartine, un de Maistre, n'eussent pas quelque chose de plus qu'humain. J'avais cru ainsi dans ma naïveté au Cayla, mais Paris m'a ôté cette illusion et bien d'autres. Voilà le mal de voir et de vivre, c'est de laisser toutes les plus jolies choses derrière.»