«—Quel délicieux jardin que le Luxembourg!»
«Marius et Cosette étaient dans la nuit l'un pour l'autre. Ils ne se parlaient pas, ils ne se saluaient pas, ils ne se connaissaient pas; ils se voyaient; et, comme les astres dans le ciel que des millions de lieues séparent, ils vivaient de se regarder.
«C'est ainsi que Cosette devenait peu à peu une femme et se développait, belle et amoureuse, avec la conscience de sa beauté et l'ignorance de son amour....»........................
XXII.
Ce bonheur sans conscience de lui-même est interrompu par la jalousie paternelle de Jean Valjean, qui craint une embûche de libertinage pour sa fille; il change de domicile et de promenade.
Une horrible apparition de la chaîne des galériens, sur la route des Gobelins, le ramène au souvenir de sa condition et épouvante Cosette.
Cette apparition, très-habile comme comparaison, est très-mélodramatique et très-exagérée comme tableau. La société y joue un rôle gratuitement odieux. On dirait une horde de sauvages vainqueurs, menant une autre horde au bûcher. On détruit l'effet de ce qu'on exagère: c'est le fleuve qui rejette son écume sur ses bords, pour que l'eau ne soit pas troublée; qui peut accuser le fleuve de purifier l'écume?
Nous surtout, qui voulons supprimer la peine irréparable de mort en matière civile, et qui avons eu l'audace de la supprimer même en politique, nous n'aimons pas la peine corruptrice des bagnes, et nous avons, dans nos nombreux discours sur ce sujet, réclamé un pénitentiaire colonial avec une législation spéciale, et des prisons lointaines et graduées, pour donner la sécurité à la société innocente, contre les bêtes féroces de la ménagerie humaine; mais, la prison pénitentiaire coloniale n'existant pas encore, il faut bien reconnaître à la société le droit sacré de se défendre en attendant et de se séparer de ce qui la menace en la souillant.
XXIII.
Interruption encore de plusieurs épisodes qui doivent converger plus tard dans le dénoûment. Il y en a un véritablement touchant, comme une légende de Juif-Errant de la science, c'est celui du vieil homme de lettres, amant passionné des livres, et dévoré par eux, qui mange sou à sou son mince patrimoine pour s'en procurer, qui finit par les vendre un à un pour vivre, et qui, lorsqu'il a vendu le dernier, meurt lui-même désespéré de sa passion du livre, d'abord résignée, puis changée en fureur!