Cet égout, ces rencontres, ces complications, ces dénoûments, ressemblent infiniment trop au boulevard du Crime. Le roman finit en mélodrame souterrain. C'est du Pixerécourt, mais toujours écrit par le génie du grand écrivain qui, comme sa lanterne sourde, le suit partout.

Enfin le grand-père pardonne à Marius expirant, le fait soigner, le marie inopinément à ce qu'il aime, débite l'épithalame à table avec Valjean, étonné de ce jargon démocratique dans une bouche de bonne compagnie.

On s'épouse, on reçoit les 730,000 francs de Valjean pour dot, on est heureux; mais Valjean, honnête homme un peu tard, finit par confesser tout bas à son gendre Marius qu'il n'est qu'un forçat et qu'il lui a fait épouser une aventurière. Il meurt ensuite dans son bouge de solitaire, et l'on est parfaitement heureux chez Marius.

V.

Voilà toute l'histoire, mais ce n'est pas tout le livre.

Si c'était vous ou moi qui eussions écrit cette histoire, on n'en dirait rien, ou bien on en dirait peu de chose.

Pourquoi?

Parce que cette histoire, avec ses situations bizarres et ses tiroirs plus longs que le bras, ne serait pas relevée par ce qui relève tout: la magie unique du style, la verve adolescente de l'écrivain, l'incroyable souplesse de ce génie infatigable qui va, de trapèze en trapèze, tantôt à cent pieds au-dessus de notre tête, tantôt à cent pieds au-dessous du pavé, sans donner un moment signe de lassitude, et nous entraînant toujours où il veut, même dans l'incroyable.

Mais c'est Hugo qui écrit: il y a plus, c'est Hugo qui pense; il y a plus encore, c'est Hugo qui songe.

Chez lui, le cauchemar même a du génie! Et de temps en temps, comme dans l'Idylle de la rue Plumet, c'est Hugo qui pense et qui aime; la rue Plumet est un Éden aussi délicieux que celui de Milton.