Le bonheur a voulu que, par une série de heureux hasards et de fidèle affection (celle de M. d'Aurevilly, un écrivain qui ne peut être caractérisé que par lui-même, parce qu'il ne ressemble à personne), le hasard et le bonheur ont voulu que ce journal et ces lettres n'aient pas péri dans les cendres du Cayla; mais que des mains pieuses les aient recueillies le lendemain de sa mort pour édifier tout un siècle, et, après M. de Sainte-Beuve, moi, qui vais essayer d'inspirer à mes lecteurs la passion de les lire comme une Imitation de Jésus-Christ en action, le plus beau des livres modernes dans la plus tendre des âmes et dans le plus confidentiel des styles. Style, non, car qui dit style dit travail: ici ce n'est point travail, c'est éclosion naturelle de la pensée.
XIII.
Cela commence le 15 novembre 1815 par une lettre à son frère, que les études classiques ont enlevé enfin au toit du Cayla, et qui achève ses études au séminaire de Cahuzac.
«Puisque tu le veux, mon cher Maurice, je vais donc continuer ce petit journal que tu aimais tant; mais, comme le papier me manque, je me sers d'un papier cousu.»
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Pauvre fille! qui n'a pas même les feuilles blanches nécessaires à l'expansion de son cœur pour elle et pour un enfant de quatorze ans!
Elle lui annonce la mort d'un bon ami de la famille à Gaillac. «De pauvres femmes disaient, en allant à son agonie:—Celui-là n'aurait pas dû mourir.—Et elles priaient en pleurant pour sa bonne mort. Voilà qui donne à espérer pour son âme: des vertus qui nous font pleurer des hommes doivent nous faire aimer de Dieu!»
XIV.
Le 17 novembre.
«Mimi[1] m'a écrit. Cette chère Mimi me dit de charmantes et douces choses sur notre séparation, sur son retour, sur son ennui, car elle s'ennuie loin de moi comme je m'ennuie sans elle. À tout moment, je vois, je sens qu'elle me manque, surtout la nuit où j'ai l'habitude de l'entendre respirer à mon oreille. Ce petit bruit me porte sommeil. Ne pas l'entendre me fait penser tristement. Je pense à la mort, qui fait aussi tout taire autour de nous, qui sera aussi une absence.