Le 7 décembre.
«La soirée s'est passée hier à causer de Gaillac, des uns, des autres, de mille choses de la petite ville.
«J'aime peu les nouvelles, mais celles des amis font toujours plaisir, et on les écoute avec plus d'intérêt que celles du monde et de l'ennuyeuse politique. Rien ne me fait aussi tôt bâiller qu'un journal. Il n'en était pas de même autrefois, mais les goûts changent et le cœur se déprend chaque jour de quelque chose.
«Le temps, l'expérience aussi, désabusent. En avançant dans la vie, on se place enfin comme il faut pour juger de ses affections et les connaître sous leur véritable point de vue. J'ai toutes les miennes sous les yeux.
«Je vois d'abord des poupées, des joujoux, des oiseaux, des papillons que j'aimais, belles et innocentes affections d'enfance. Puis la lecture, les conversations, un peu la parure, les rêves, les beaux rêves!... Mais je ne veux pas me confesser.
«Il est dimanche, je suis seule de retour de la première messe de Lentin, et je jouis dans ma chambrette du plus doux calme du monde, en union avec Dieu.
«Le bonheur de la matinée me pénètre, s'écoule en mon âme et me transforme en quelque chose que je ne puis dire. Je te laisse, il faut me taire.»
Le 8 décembre.
«Je ne lis jamais aucun livre de piété que je n'y trouve des choses admirables et comme faites pour moi. En voici: «Ceux qui espèrent au Seigneur verront leurs forces se renouveler de jour en jour. Quand ils croiront être à bout et n'en pouvoir plus, tout d'un coup ils pousseront des ailes semblables à celles d'un aigle; ils courront et ne se lasseront point, ils marcheront et ils seront infatigables.
«Marchez donc, âme pieuse, marchez, et, quand vous croirez n'en pouvoir plus, redoublez votre ardeur et votre courage, car le Seigneur vous soutiendra.»