XV.

M. de Vigny, cependant, ébranlé par les secousses de la révolution qui vient d'éclater, à son insu possédé par la haine féodale contre ceux qui viennent d'expulser son roi et dont il est heureux de se venger, prend en main la cause de ce coupable et malheureux Chatterton, le compose comme la cause d'un poëte et d'un homme incompris, et en fait un dangereux chef-d'œuvre, un manifeste socialiste touchant, contre le sens commun et contre la société de droit et de devoir commun aussi. Mais il le compose avec génie. Voyons ce génie, et, tout en blâmant l'auteur, étudions l'ouvrage; et, si nous ne connaissions pas Chatterton, voyons si nous n'aurions pas pleuré!

CHATTERTON.

ACTE PREMIER.

La scène représente un vaste appartement; arrière-boutique opulente et confortable de la maison de John Bell. À gauche du spectateur, une cheminée pleine de charbon de terre allumé. À droite, la porte de la chambre à coucher de Kitty Bell. Au fond, une grande porte vitrée: à travers les petits carreaux on aperçoit une riche boutique; un grand escalier tournant conduit à plusieurs portes étroites et sombres, parmi lesquelles se trouve la porte de la petite chambre de Chatterton.

Le Quaker lit dans un coin de la chambre, à gauche du spectateur. À droite est assise Kitty Bell; à ses pieds un enfant assis sur un tabouret; une jeune fille debout à côté d'elle.

SCÈNE PREMIÈRE.

LE QUAKER, KITTY BELL, RACHEL.

KITTY BELL, à sa fille, qui montre un livre à son frère.

Il me semble que j'entends parler monsieur; ne faites pas de bruit, enfants.