Eh! que te fait, je te prie, leur insolence? Le bêlement de tes moutons t'a-t-il jamais empêché de les tondre et de les manger?—Y a-t-il un seul de ces hommes dont tu ne puisses vendre le lit? Y a-t-il dans le bourg de Norton une seule famille qui n'envoie ses petits garçons et ses filles tousser et pâlir en travaillant tes laines? Quelle maison ne t'appartient pas et n'est chèrement louée par toi? Quelle minute de leur existence ne t'est pas donnée? Quelle goutte de sueur ne te rapporte un schelling? La terre de Norton, avec les maisons et les familles, est portée dans ta main comme le globe dans la main de Charlemagne.—Tu es le baron absolu de ta fabrique féodale.

JOHN BELL.

C'est vrai, mais c'est juste.—La terre est à moi, parce que je l'ai achetée; les maisons, parce que je les ai bâties; les habitants, parce que je les loge; et leur travail, parce que je les paye. Je suis juste selon la loi.

LE QUAKER.

Et la loi est-elle juste selon Dieu?

JOHN BELL.

Si vous n'étiez quaker, vous seriez pendu pour parler ainsi.

LE QUAKER.

Je me pendrais moi-même plutôt que de parler autrement, car j'ai pour toi une amitié véritable.

JOHN BELL.