Il fond en larmes sur la tabatière où est le portrait.

Quelqu'un monte lourdement mon escalier de bois.—Cachons ce trésor.

Cachant l'opium.

Et pourquoi? ne suis-je donc pas libre? plus libre que jamais?—Caton n'a pas caché son épée. Reste comme tu es, Romain, et regarde en face.

Il pose l'opium au milieu de sa table.

Le quaker survient, il voit l'opium, il devine que c'est l'instrument de la mort; il avoue, pour sauver le poëte, que Kitty Bell l'adore, et que s'il se tue il en tuera deux!—Eh bien, je vivrai! s'écrie Chatterton, et il écrit à M. Bekford, le lord-maire de Londres, pour en obtenir audience et protection.

M. Bekford, averti par lord Talbot, arrive lui-même, et propose à Chatterton un emploi de cent livres pour commencer. Il ne dit pas lequel. Chatterton croit que c'est un emploi de commis. Il accepte. Le quaker triomphe de sa courageuse résignation. Chatterton rentre dans sa chambre; il voit que c'est un emploi servile. Il prend la résolution de mourir. Il jette au feu tous ses papiers.

—Skirner sera payé! dit-il.—Libre de tous! égal à tous, à présent!—Salut, première heure de repos que j'aie goûtée!—Dernière heure de ma vie, aurore du jour éternel, salut!—Adieu, humiliation, haines, sarcasmes, travaux dégradants, incertitudes, angoisses, misères, tortures du cœur, adieu! Ô quel bonheur! je vous dis adieu!—Si l'on savait! si l'on savait ce bonheur que j'ai..., on n'hésiterait pas si longtemps!

Ici, après un instant de recueillement durant lequel son visage prend une expression de béatitude, il joint les mains et poursuit:

Ô Mort, Ange de délivrance, que ta paix est douce! j'avais bien raison de t'adorer, mais je n'avais pas la force de te conquérir.—Je sais que tes pas seront lents et sûrs. Regarde-moi, Ange sévère, leur ôter à tous la trace de mes pas sur la terre.