REVUE MENSUELLE.

XVII

Paris.—Typographie de Firmin Didot frères, fils et Cie, rue Jacob, 56.

XCVIIe ENTRETIEN.

ALFIERI.
SA VIE ET SES ŒUVRES.

(DEUXIÈME PARTIE.)

I.

Alfieri va passer à Naples le temps de son exil volontaire; il y écrit journellement à la comtesse; il y use le temps à cheval dans les beaux sites des environs. Pendant ce temps, il ne trouve point mauvais que la comtesse, privée de la fortune de son mari et peu riche de la sienne, sollicite une pension de la reine de France, Marie-Antoinette, et l'obtienne par l'intervention de Léopold de Toscane, frère de cette princesse. Voilà donc ce féroce ennemi des rois, vivant de leurs débris et de leurs secours: un roi de France lui donne la vie, un roi d'Angleterre lui laisse ravir sa femme; quelle logique!—Ainsi la comtesse ne dépendra plus ni du pape, ni du cardinal d'York, frère de son mari. Le lendemain du jour où elle est émancipée de ses besoins et de sa reconnaissance, elle quitte le couvent des Ursulines de Rome, et rentre dans le palais de la Chancellerie, bâti par Bramante. Alfieri obtient facilement l'autorisation de revenir auprès d'elle à Rome. Il s'y installe, grâce, dit-il, à ses obséquiosités un peu serviles auprès des cardinaux et des prêtres.

«Le 12 mai suivant, Alfieri était auprès d'elle, et à force de sollicitations, de servilités, de petites ruses courtisanesques (c'est lui-même qui parle ainsi), à force de saluer les Éminences jusqu'à terre, comme un candidat qui veut se pousser dans la prélature, à force de flatter et de se plier à tout, lui qui jusque-là n'avait jamais su baisser la tête, toléré enfin par les cardinaux, soutenu même par ces prestolets qui se mêlaient à tort et à travers des affaires de la comtesse, il finit par obtenir la grâce d'habiter la même ville que la gentilissima signora, celle qu'il appelle sans cesse la donna mia, l'amata donna

Cependant, bien que l'amant vécût toute la matinée très-retiré dans le palais Strozzi, auprès des Thermes de Dioclétien, faubourg isolé de Rome, il passait toutes ses soirées au palais de la Cancellaria, chez son amie. Ce bonheur insolent excita l'envie du clergé romain et les murmures du comte d'Albany auprès du cardinal, son frère.