«La poésie,» dit Aristote, et il entend par là le poëme épique, la tragédie, la comédie, le dithyrambe, musique et paroles, l'élégie, «est un art d'imitation.»
Il y a dans ces paroles une grande erreur. La poésie a une tout autre origine que le plaisir servile produit en nous par l'imitation; elle est née de l'homme même. Nous voudrions savoir quel est, dans la Marseillaise, chant national des Français modernes, le plaisir de l'imitation. Non; l'origine de la Marseillaise, musique et paroles, est d'une nature bien supérieure. C'est l'élan de l'âme du peuple attaqué dans ses droits, qui jouit de les défendre, et qui chante d'avance cette jouissance et cette gloire, par une poésie intime qui lui dicte ses accents. Il en est ainsi de toute poésie spontanée, qui n'est point un art, mais qui est l'exubérance des forces de la nature.—La nature chantée, voilà toute la poésie.
Il divise tous les poëtes en deux ordres: les poëtes héroïques et les poëtes comiques. Il paraît, en le lisant, qu'Homère lui donne, à lui seul, le modèle des deux: des poëmes héroïques dans l'Iliade et l'Odyssée; des poëmes comiques dans son Margitès.
«La comédie est l'imitation du vice ou du ridicule. Le ridicule, en effet, suppose toujours un certain défaut et une difformité qui n'a rien de douloureux pour celui qui la subit. C'est ainsi qu'un masque provoque le rire dans celui qui le voit, sans que d'ailleurs ce soit un signe de souffrance. Elle vint de la Sicile en Grèce.
«L'épopée tient à la tragédie en ce qu'elle est comme elle, sauf le mètre, une imitation des actions nobles à l'aide du discours. Mais une différence, c'est que dans l'épopée le mètre est toujours le même, et qu'elle est toujours un récit.
«Une autre différence encore, c'est l'étendue. La tragédie s'efforce autant que possible de se renfermer dans une seule révolution du soleil, ou du moins de très-peu sortir de ces limites; l'épopée, au contraire, n'a pas de limite de temps; et c'est là une différence essentielle, quoique dans le principe on se donnât cette facilité pour la tragédie aussi bien que dans la comédie.»
«La tragédie, continue-t-il, est selon moi l'imitation de quelque action sérieuse, noble, complète, ayant sa juste dimension et employant un discours relevé par tous les agréments qui, selon leur espèce, se distribuent séparément dans les diverses parties, sous forme de drame et non de récit, et arrivant, tout en excitant la pitié et la terreur, à purifier en nous ces deux sentiments. Quand je parle d'un discours relevé d'agréments, j'entends celui qui réunit le rhythme, l'harmonie et le chant, et quand j'ajoute: séparément selon leur espèce, j'entends que certaines parties n'ont que des vers, tandis que les autres se complètent aussi par le chant et la musique.
«Puisque c'est par l'action que la tragédie imite, une première conséquence, c'est qu'une partie de la tragédie est nécessairement la pompe du spectacle, et que la mélopée et les paroles ne viennent qu'ensuite. Car ce sont là les moyens d'imitation dont elle dispose. J'entends par les paroles la composition des vers; et quant à la mélopée, chacun sait assez clairement tout ce qu'elle est.
«La tragédie est donc l'imitation d'une action; et cette action étant l'œuvre de personnages qui agissent, ces personnages ont nécessairement un caractère et un esprit qui les font ce qu'ils sont; conditions qui, d'ailleurs, servent à qualifier aussi les actes humains. Or il y a deux causes qui déterminent naturellement toutes nos actions: ce sont l'esprit et le caractère, qui, dans la vie également, décident toujours de nos succès ou de nos revers.
«C'est la fable qui est l'imitation de l'action; et par fable, j'entends le tissu des faits. Le caractère ou les mœurs, c'est ce qui distingue les gens qui agissent et permet de les qualifier; et l'esprit, c'est l'ensemble des discours par lesquels on exprime quelque chose, ou même on découvre le fond de sa pensée.