Voyez l'armée! Qui fait sa force? C'est son général, soit pour un jour, soit pour un temps. Mettez deux chefs ou dix chefs avec des droits égaux à la tête de votre armée: elle cesse d'exister; elle a deux esprits ou dix volontés, c'est-à-dire pas une. Voilà pourquoi les gouvernements parlementaires les plus libres n'ont jamais reconnu à l'armée sous les armes le droit électoral. Je me trompe; le gouvernement parlementaire de 1849 a nommé une fois deux chefs et deux armées: l'un de la rive gauche de la Seine sous le parlement, l'autre de la rive droite sous le président de la république. Quinze jours après, le gouvernement n'existait plus. Le coup d'État était devenu inévitable, le pouvoir parlementaire s'était suicidé! Je l'avais prédit! Qu'on lise mon avant-dernier numéro de mes Conseils au peuple!
Le gouvernement est un monologue, pendant qu'il gouverne toute anarchie est un dialogue. On délibère avec un dialogue, on ne gouverne pas.—Mais, dit-on, la majorité sans cesse déplacée par un discours ou par une intrigue fait la loi?—Voyez la Belgique, où ni majorité ni minorité ne peuvent en sortir. Le gouvernement parlementaire refuse de gouverner: la volonté nationale est paralysée par la nation elle-même. Qu'adviendra-t-il? ou un coup d'État ou une révolution. Voilà le gouvernement parlementaire ou le gouvernement des factions.—La responsabilité n'est nulle part, et chaque faction dit:—Ce n'est pas moi!—
Et voyez l'Amérique!—Nous ne pouvons pas nous gouverner?—Exterminons-nous!
Quoi! un tel état serait le dernier mot de la sagesse humaine?—Non, Dieu a donné par la nature des choses des règles instinctives aux peuples comme aux individus.—Cette règle est l'unité de la volonté pour qu'elle soit obéie;—monarchie et république ont besoin de cette unité.
Unité permanente:—Monarchie! Unité temporaire:—République!
Peu importe, pourvu que le monde puisse se gouverner.
Le gouvernement, ce n'est pas seulement la forme, c'est la vie des nations.
Le gouvernement des factions ou le gouvernement des intrigues, c'est le gouvernement parlementaire!
Essayez-en cinquante fois.
Cinquante fois il vous trompe encore.