VI
Cosmos, en grec, est un terme qui veut dire le monde, l'univers, le tout.
Hors du cosmos il n'y a rien.
L'homme qui prend ce titre et qui ose dire à ses lecteurs: «Je vais écrire ma pensée cosmique,» dit par là même: «Je vais vous donner le livre universel, l'Évangile de l'univers. Après moi, il n'y a rien.»
Cet homme s'est trouvé.
C'est M. Alexandre de Humboldt;
Un Allemand, un Prussien, un homme d'une prodigieuse instruction, un voyageur en Amérique et en Europe, un écrivain, non pas de premier ordre, car sans âme il n'y a pas d'écrivain, mais un homme d'un talent froid et suffisant à se faire lire; un homme, de plus, qui, par son industrieuse habileté dans le monde, par ses amitiés intéressées avec tous les savants étrangers, et par l'art de les flatter tous, est parvenu à les coïntéresser à sa gloire par la leur, et à se faire ainsi une immense réputation sur parole: réputation scientifique, spéciale, occulte, mathématique, sur des sujets inconnus du vulgaire; réputation que tout le monde aime mieux croire qu'examiner; gloire en chiffres, qui se compose d'une innombrable quantité de mesures géométriques, barométriques, thermométriques, astronomiques, de hauteurs, de niveau, d'équations, de faits, qui font la charpente de la science, et dont on se débarrasse comme de cintres importuns quand on a construit ses ponts sur le vide d'une étoile à l'autre; espèce de voyageur gratuit, non pour le commerce, mais pour la science, au profit des savants pauvres et sédentaires à qui il ne demandait pour tout salaire que de le citer.
Qu'est-ce que la gloire? ai-je dit un jour: C'est un nom souvent répété.—Jamais nom ne fut ainsi plus répété que celui de M. Alexandre de Humboldt.
VII
La première qualité d'un livre et d'un homme qui s'intitule Cosmos, c'est d'être infini. «Ab Jove principium!» car le cosmos ou le monde étant l'œuvre de Dieu, il doit être divin.