«Quelles peuvent être maintenant vos occupations, dans une solitude aussi profonde?
LE LÉPREUX.
«Le détail des occupations d'un solitaire tel que moi ne pourrait être que bien monotone pour un homme du monde, qui trouve son bonheur dans l'activité de la vie sociale.
LE MILITAIRE.
«Ah! vous connaissez peu ce monde, qui ne m'a jamais donné le bonheur. Je suis souvent solitaire par choix, et il y a peut-être plus d'analogie entre nos idées que vous ne le pensez; cependant, je l'avoue, une solitude éternelle m'épouvante; j'ai de la peine à la concevoir.
LE LÉPREUX.
«Celui qui chérit sa cellule y trouvera la paix. L'Imitation de Jésus-Christ nous l'apprend. Je commence par éprouver la vérité de ces paroles consolantes. Le sentiment de la solitude s'adoucit aussi par le travail. L'homme qui travaille n'est jamais complétement malheureux, et j'en suis la preuve. Pendant la belle saison, la culture de mon jardin et de mon parterre m'occupe suffisamment; pendant l'hiver, je fais des corbeilles et des nattes; je travaille à me faire des habits; je prépare chaque jour moi-même ma nourriture avec les provisions qu'on m'apporte de l'hôpital, et la prière remplit les heures que le travail me laisse. Enfin l'année s'écoule, et, lorsqu'elle est passée, elle me paraît encore avoir été bien courte.
LE MILITAIRE.
«Elle devrait vous paraître un siècle.
LE LÉPREUX.