Nous reprîmes, après un frugal repas, la route de Belley, ne cessant de parler à nos compagnons de cette découverte d'une littérature nouvelle et selon nous supérieure à tout ce que nous avions lu jusque-là, contenue dans quelques pages de l'oncle de notre ami, et nous nous promîmes d'en rechercher partout d'autres pages.

L'occasion s'en fit attendre longtemps.

Lamartine.

CXVIIe ENTRETIEN.

LITTÉRATURE AMÉRICAINE.
UNE PAGE UNIQUE D'HISTOIRE NATURELLE, PAR AUDUBON.

(PREMIÈRE PARTIE.)

I.

Audubon est le Buffon de l'Amérique, mais infiniment plus naïf, plus coloré et plus écrivain que Buffon lui-même.

Nous devons dire à son sujet un mot du caractère et de la littérature de son pays; un homme n'en est jamais indépendant.

L'Amérique est le germe d'un grand peuple: il faut craindre d'en étouffer le germe en parlant trop rudement de ses actes d'hier et d'aujourd'hui. Nous ne sommes point partisans de sa civilisation, que nous regardons comme trop élémentaire et trop brutale: si nous avions vécu du temps de Louis XVI, nous n'aurions pas conseillé à ce prince infortuné de déclarer la guerre aux Anglais pour favoriser à tout prix une nation anglaise d'insurgés contre leurs frères. C'était une guerre civile intentée à la mère patrie, pour une cause purement vénale; cela n'était ni juste ni noble; cela ne pouvait produire que beaucoup de mal aux Anglais et beaucoup d'ingratitude pour la France. L'insurrection comme principe devait revenir sur le pays qui l'avait lancée; cela ne manqua pas. Qui pourrait dire ce que la Fayette et ses amis rapportèrent en France, et combien il y eut de sophismes américains dans l'Assemblée constituante et dans le sang de Louis XVI?