XI.

Ici il faut s'élever très-haut pour en concevoir la portée. Le premier Empire, empire uniquement militaire, et qui vendit la Louisiane pour un morceau de pain de munition à ses armées, n'en eut jamais de pareilles.

XII.

La pensée d'une position hardie et efficace à prendre au Mexique contre l'usurpation des États-Unis d'Amérique est une pensée neuve, mais juste.

L'Europe en a le droit; la France en prend l'initiative.

Voyons le droit de ce point de vue élevé d'où l'on distingue la légitimité des choses, et partons de ce fait, vrai quoique non radical.

Le globe est la propriété de l'homme; le nouveau continent, l'Amérique, est la propriété de L'Europe.

Elle n'a pas été donnée en proie et en abus de force aux Américains du Nord, seuls.

XIII.

En partant de ce principe, devenu aujourd'hui un fait, que le continent américain est la propriété collective du genre humain, et non de l'union déchirée d'une seule race sans titre et sans droit, du moins sur l'Amérique espagnole et sur la race latine, mère de toute civilisation, le principe de protection de l'Europe et de son indépendance, du moins dans ses dix-sept États républicains de l'Amérique du Sud, découle évidemment pour nous et pour toutes les puissances de l'ancien monde. Il faut prévoir les événements, il faut protéger la race latine, et, pour protéger, il faut prendre position d'abord sur le point menacé contre les États-Unis. Il le faut, ou bien il faut déclarer que le continent nouveau, possession de l'Europe, appartiendra tout entier, dans vingt-cinq ans peut-être, à ces pionniers armés qui ne reconnaissent pour tout titre de leur usurpation que leur convenance, et qui permettent à leurs citoyens, comme Walker, de lever individuellement des escadres et des armées contre Cuba, pendant que leur général fédéral entre au nom de l'Union dans Mexico, et de là dans toutes les capitales de l'Amérique civilisée du Sud!