«Lecteur, si comme moi vous étudiez la nature pour vous élever l'esprit par la contemplation des phénomènes étonnants qu'elle offre à chaque pas dans son immense domaine, ne resterez-vous pas frappé d'une admiration profonde en voyant ce petit poisson, objet si chétif et si humble, auquel le Créateur a donné des instincts si merveilleux? Pour moi, je ne cessais de le regarder avec ravissement, et je me demandais comment la Nature avait pu le douer d'un sens aussi réfléchi et d'une telle puissance. Un désir irrésistible d'en apprendre davantage me poussa à continuer mon expérience. Certes, je savais alors manœuvrer un hameçon tout comme un autre; mais, quelque effort que je fisse, je ne pus jamais parvenir à prendre ce petit poisson, et ce fut de même inutilement que je dressai mes batteries contre plusieurs de ses camarades.

«Ainsi j'avais trouvé mon maître! Je repliai ma ligne, et donnai un grand coup de baguette dans l'eau, de manière à atteindre presque le poisson. D'un élan, il se lança comme un trait à la distance de plusieurs mètres, resta quelque temps à se balancer d'un air tranquille; puis, dès que ma baguette eut quitté l'eau, revint prendre son poste. Alors, je pus connaître tout le dommage que je lui avais causé, car je l'aperçus qui s'employait de son mieux à nettoyer et lisser son nid; mais, pour le moment, je ne jugeai pas à propos de pousser plus loin mes expériences.»

Lamartine.

(La suite au prochain entretien.)

CXVIIIe ENTRETIEN.

LITTÉRATURE AMÉRICAINE.
UNE
PAGE UNIQUE D'HISTOIRE NATURELLE,
PAR AUDUBON.

(DEUXIÈME PARTIE.)

I.
LA CHASSE À L'ÉLAN.

«Bientôt le chasseur entend venir l'élan, qui fait grand bruit; et, quand il le juge suffisamment près, il choisit une bonne place où le frapper, et le tue. Il n'est pas prudent, tant s'en faut, de se tenir à portée de l'animal, qui dans ce cas ferait certainement à l'agresseur un mauvais parti.

«Un mâle, entièrement venu, mesure, dit-on, neuf pieds de haut; et avec ses immenses andouillers branchus, son aspect est tout à fait formidable. De même que le daim de Virginie et le karibou mâle, ces animaux jettent leur bois chaque année, vers le commencement de décembre; mais, la première année, ils ne le perdent pas même au printemps[4]. Quand on les irrite, ils grincent horriblement des dents, hérissent leur crinière, couchent les oreilles et frappent avec violence. S'ils sont inquiétés, ils poussent un lamentable gémissement qui ressemble beaucoup à celui du chameau.