«Bien volontiers, si cela peut vous faire plaisir. (En disant ces mots, le lépreux se couvrit la tête d'un large feutre dont les bords rabattus lui cachaient le visage.) Passez, ajouta-t-il, ici, au midi. Je cultive un petit parterre de fleurs qui pourront vous plaire; vous en trouverez d'assez rares. Je me suis procuré les graines de toutes celles qui croissent d'elles-mêmes sur les Alpes, et j'ai tâché de les faire doubler et de les embellir par la culture.

LE MILITAIRE.

«En effet, voilà des fleurs dont l'aspect est tout à fait nouveau pour moi.

LE LÉPREUX.

«Remarquez ce petit buisson de roses; c'est le rosier sans épines, qui ne croît que sur les hautes Alpes; mais il perd déjà cette propriété, et il pousse des épines à mesure qu'on le cultive et qu'il se multiplie.

LE MILITAIRE.

«Il devrait être l'emblème de l'ingratitude.

LE LÉPREUX.

«Si quelques-unes de ces fleurs vous paraissent belles, vous pouvez les prendre sans crainte, et vous ne courrez aucun risque en les portant sur vous. Je les ai semées, j'ai le plaisir de les arroser et de les voir, mais je ne les touche jamais.

LE MILITAIRE.