«—Ah! dis-je, mon espérance ne m'a pas trompé. Je vous demandais, je vous cherchais, quelque chose me disait que certainement je vous trouverais; quel bonheur! Dieu soit loué! c'était vrai!

«—Mais, méchant, dit-elle, pourquoi n'êtes-vous pas venu? J'ai appris aujourd'hui par hasard que vous êtes de retour déjà depuis trois jours, et toute l'après-midi j'ai pleuré, croyant que vous m'aviez oubliée. Il y a une heure, je me suis sentie toute tourmentée; j'avais un besoin de vous voir que je ne peux vous exprimer. J'avais chez moi quelques amies; il m'a semblé que leur visite durait une éternité. Enfin elles sont parties; j'ai malgré moi pris mon chapeau et mon mantelet, et je me suis vue poussée dehors, marchant dans la nuit sans savoir où j'allais. Votre pensée ne me quittait pas, et il me semblait que nous dussions nous rencontrer.»

«Pendant que son cœur s'épanchait ainsi, nos mains restaient l'une dans l'autre, nous nous les serrions, et nous nous montrions mutuellement que l'absence n'avait pas refroidi notre amour. Je l'accompagnai chez elle. Elle monta l'escalier noir devant moi, me tenant par la main pour me conduire. J'étais dans un inexprimable bonheur, non-seulement de la revoir, mais de n'avoir pas été déçu dans ma foi à une influence invisible.»

XVI.

Quelques entretiens scientifiques sur les sciences naturelles.

«Le lendemain nous étions levés de bon matin. En s'habillant, Gœthe me raconta un rêve de sa nuit. Il s'était vu transporté à Gœttingue, et avait eu avec les professeurs qu'il y connaît toute sorte d'entretiens agréables. Nous bûmes quelques tasses de café et allâmes visiter le cabinet anatomique; nous vîmes des squelettes d'animaux, entre autres d'animaux antédiluviens, et des squelettes d'hommes des siècles passés. Gœthe observa que la forme des dents montre que ces squelettes appartenaient à une race d'une grande moralité. Nous allâmes ensuite à l'observatoire, et le docteur Schrœn nous montra de beaux instruments dont il nous expliqua l'usage. Nous visitâmes aussi avec grand intérêt le cabinet météorologique, et Gœthe loua beaucoup le docteur Schrœn de l'ordre qui régnait partout. Puis nous descendîmes dans le jardin; Gœthe avait fait disposer un petit déjeuner dans un berceau sur une table de pierre.

«Vous ne savez guère, me dit-il, à quelle place curieuse nous nous trouvons en ce moment. Ici a habité Schiller. Sous ce berceau, à cette table de pierre, assis sur ces bancs maintenant presque brisés, nous avons souvent pris nos repas, en échangeant de grandes et bonnes paroles. Il avait alors trente ans, moi quarante; tous deux encore dans notre plein essor; c'était quelque chose! Tout cela passe, et s'en va, car moi aussi je ne suis plus aujourd'hui celui que j'étais alors; mais pour cette vieille terre, elle tient bon, et l'air, l'eau, le sol, tout cela est resté comme autrefois!—Tout à l'heure, retournez donc chez Schrœn, et faites-vous montrer la mansarde que Schiller a habitée.»

«Le déjeuner, dans cet air pur et à cette heureuse place, nous parut excellent: Schiller était avec nous, du moins dans notre esprit, et Gœthe rappela encore avec bonheur maint bon souvenir de lui.

«Je montai plus tard avec Schrœn dans la mansarde de Schiller; on avait des fenêtres une vue splendide. Vers le sud, on apercevait plusieurs lieues du beau cours de la Saale qui se perd de temps en temps dans des bouquets de bois. L'horizon était immense; c'était un endroit excellent pour observer la marche des constellations, et on se disait qu'il n'y en avait pas de meilleur pour composer tous les passages astronomiques et astrologiques du Wallenstein

XVII.