«Ces vers contiennent la clef du salut de Faust: dans Faust a vécu jusqu'à la fin une activité toujours plus haute, plus pure, et l'amour éternel est venu à son aide. Cette conception est en harmonie parfaite avec nos idées religieuses, d'après lesquelles nous sommes sauvés non-seulement par notre propre force, mais aussi par le secours de la grâce divine. Vous devez avouer que cette conclusion, où l'âme sauvée s'élance au ciel, était très-difficile à composer; et au milieu de ces tableaux supra-sensibles, dont on a à peine un pressentiment, j'aurais pu très-facilement me perdre dans le vague, si, en me servant des personnages et des images de l'Église chrétienne, qui sont nettement dessinés, je n'avais pas donné à mes idées poétiques de la précision et de la fermeté.»
XVI
À la fin du mois, il parle mal de Victor Hugo, auquel il a rendu avant une enthousiaste justice.
«C'est un beau talent, dit-il, mais il est tout à fait engagé dans la malheureuse direction romantique de son temps, ce qui le conduit à mettre à côté de beaux tableaux les plus intolérables et les plus laids. Ces jours-ci j'ai lu Notre-Dame de Paris, et il ne m'a pas fallu peu de patience pour supporter les tortures que m'a données cette lecture. C'est le livre le plus affreux qui ait jamais été écrit! Et après les supplices que l'on endure, on n'est pas dédommagé par le plaisir que l'on éprouverait à voir la nature humaine et les caractères humains représentés avec exactitude; il n'y a dans son livre ni nature ni vérité; ses personnages principaux ne sont pas des êtres de chair et de sang, ce sont de misérables marionnettes, qu'il manie à son caprice, et auxquelles il fait faire toutes les contorsions et toutes les grimaces qui sont nécessaires aux effets qu'il veut produire. Quel temps que celui qui loue un pareil livre!»
Quant à moi, qui n'aime ni le faux, ni l'excès, ni certains drames de Victor Hugo, j'avoue que j'ai lu avec attendrissement et intérêt le roman bizarre, mais neuf, de Notre-Dame de Paris. L'architecture n'était pas encore entrée dans le drame humain: il y a du véritable génie à créer un monument pour ces âmes, et ces âmes pour cette architecture. Le Phidias du gothique, c'est Hugo. Gœthe n'avait pas compris cette œuvre.
XVII
«Mardi, 20 juillet 1831.
«Après dîner, une demi-heure avec Gœthe, que j'ai trouvé dans une disposition pleine de sérénité et de douceur. Après avoir causé de divers sujets, nous avons parlé de Carlsbad, et Gœthe a plaisanté sur les diverses amourettes qu'il y a eues.
«—Une petite amourette, a-t-il dit, voilà la seule chose qui puisse rendre supportable un séjour aux eaux, autrement on mourrait d'ennui. Presque toujours j'ai été assez heureux pour trouver une petite affinité qui, pendant ces quelques semaines, me donnait assez de distraction. Je me rappelle surtout une d'elles qui même encore maintenant me fait plaisir. Un jour je faisais visite à madame de Reck. Après une conversation qui n'avait rien de remarquable, en me retirant, je rencontre une dame avec deux jeunes filles fort jolies.
«—Quel est le monsieur qui vient de sortir? demanda cette dame.