—Non, seigneur, me répondit-elle en rajustant son corset rouge sur sa poitrine; pardonnez, je me croyais seule et je faisais participer mon nourrisson au bonheur qui nous attend ce soir. Je passais le temps qui sera si long aujourd'hui!

LVI

Elle me pria d'entrer pour me rafraîchir un moment, m'assurant que son père aveugle et sa tante seraient heureux dans un tel jour de pouvoir m'offrir l'hospitalité.

—Car les hôtes de ces solitudes sont bien rares, et il faut bien s'en défier, ajouta-t-elle avec grâce; mais il y en a dont l'arrivée porte bonheur à une maison.

En parlant ainsi, elle tourna l'angle du petit jardin, et, m'annonçant à son père, elle me fit entrer dans la masure.

LVII

Après les premiers compliments et les premières excuses, ces braves gens, chez qui tout respirait un air d'indigence, mais un air de fête, m'offrirent, sur une table de bois très-propre, un repas champêtre: de belles châtaignes conservées en automne dans leur seconde écorce et bouillies dans du lait de chèvre, du fromage, du pain de couvent très-blanc et très-savoureux, de l'eau de la source. J'avais une gourde dans mon havre-sac, j'en voulus faire goûter à la jeune mère; elle y trempa ses lèvres avec complaisance, et, les détournant bientôt avec répugnance:

—Je n'ai jamais bu que de l'eau, dit-elle, cela aigrirait le lait de mon enfant.

Je n'osai pas l'interroger sur sa maternité précoce; mais on voyait qu'elle n'avait pas à rougir. Le vieillard but à sa place.

—Il y a longtemps que j'en ai perdu le goût, dit-il.