—C'est la Madone avant la visite de l'ange, dit le plus vieux. Ah! Dieu! que sera-ce quand elle aura quinze ans!

LXXII

—Elle n'en a que douze, messieurs, leur dis-je, pour les détourner de regarder plus longtemps la petite, craignant qu'ils ne lui fissent honte, en s'arrêtant plus curieusement sous l'arbre; mais ils s'assirent au contraire, à la prière du plus vieux.

La petite, qui remontait les yeux à terre, sans défiance, ne les ayant ni vus ni entendus, rougit tout à coup jusqu'au blanc des yeux, en se voyant toute nue et toute mouillée devant des étrangers; elle se sauva, comme un faon surpris, dans la cabane, et rien ne put l'en faire sortir, bien qu'elle se fût habillée derrière la porte.

LXXIII

Les étrangers se parlèrent longtemps à voix basse entre eux, et me demandèrent ceci et cela sur notre famille. Je les satisfis honnêtement.

—Nous reviendrons, jeune mère, me dirent-ils, en me saluant poliment, et si vous voulez marier votre fille dans un an ou deux, nous la retenons pour mon fils, que voilà, et qui en est déjà aussi fou que s'il la connaissait depuis sept ans, comme Jacob. (C'était le chef des sbires de Lucques.)

—Ah! que non, seigneur capitaine des sbires, lui répondis-je en riant, ma fille est verte, elle n'est pas mûre de longtemps pour un mari; de plus, elle n'est pas faite pour un capitaine des sbires de la ville qui mépriserait notre humble famille, et puis elle est déjà fiancée en esprit avec son cousin, le fils de l'aveugle que voilà. Les deux enfants s'accordent bien; il ne faut pas séparer deux agneaux qui ont été attachés par le bon Dieu à la même crèche.

Le capitaine fit un signe de l'œil à ses compagnons, et se retourna deux ou trois fois, en me disant adieu avec un air de dire au revoir.

Voilà tout ce qui fut dit ce jour-là.