—Précisément.

—À merveille. Il y a des gens qui prétendent qu'il ne convient pas de servir de batvine en hiver, parce que c'est une soupe froide. Ils se trompent, n'est-ce pas, Pierre Vasilitch?

—Assurément. N'avez-vous pas ici très-chaud?

—Oui.

—Eh bien, pourquoi ne pas user d'un aliment froid dans une chambre chaude? C'est ce que je ne puis comprendre.

—Ni moi.»

L'entretien se continua quelque temps sur ce même ton. Étienne n'y prenait aucune part et continuait à se promener dans sa chambre.

Le dîner parut excellent à tous les convives. Viéra en faisait elle-même les honneurs, servait avec soin ses hôtes, et cherchait à deviner leurs désirs. Boris, assis à côté d'elle, ne la quittait pas du regard. De même que son père, elle ne pouvait parler sans sourire, et ce sourire lui seyait à merveille. Boris lui adressait de fréquentes questions, non pas tant pour les réponses qu'il pouvait en attendre que pour voir ses lèvres s'entr'ouvrir.

Après le dîner, les visiteurs, à l'exception de Boris, se mirent à jouer aux cartes. Michel, qui avait bu un peu plus que de coutume, ne se montrait plus aussi rigoureux envers Onufre, quoiqu'il continuât encore à lui adresser plusieurs acerbes plaisanteries. Tantôt il lui reprochait d'être semblable aux orties, tantôt il l'accusait d'avoir les ongles crochus et d'accaparer constamment les atouts; mais le gain d'une partie l'adoucit subitement. Il se tourna d'un air riant vers celui qu'il avait tant maltraité et lui dit:

—Eh bien! qu'on pense de toi ce que l'on voudra, après tout, ce ne sont que des niaiseries, et, sur ma foi, je t'aime, d'abord parce que c'est dans ma nature, et ensuite, parce qu'il y a encore des gens plus mauvais que toi, et qu'à tout prendre, tu es, dans ton genre, un honnête homme.