—Mais.... en vérité.... je ne sais.... je ne m'attendais pas....»

Et, dans la vivacité de son émotion, Viéra s'appuya sur le bord de la fenêtre, comme si elle craignait de tomber; puis, tout à coup, elle sortit et s'enfuit dans sa chambre.

Boris, après un moment d'attente, rentra au salon tout troublé. Sur la table était un numéro de la Gazette de Moscou. Il le prit et essaya de le lire, mais il ne comprenait pas un des mots que ses yeux parcouraient, et ne comprenait pas même ce qui se passait en lui. Un quart d'heure après il entendit derrière lui un léger frôlement, et sans tourner la tête il sentait que Viéra était là.

Quelques instants encore s'écoulèrent. Il regarda la jeune fille à la dérobée; elle était assise près de la fenêtre, immobile et pâle. Enfin, il se leva et alla s'asseoir près d'elle. Étienne avait la tête appuyée sur le dossier de son fauteuil et ne faisait pas un mouvement.

«Pardonnez-moi, Viéra, dit Boris, en faisant un effort sur lui-même pour ramener l'entretien.... J'ai eu tort.... Je n'aurais pas dû si subitement.... Mais je cherchais une occasion, et puisque je l'ai trouvée, je voudrais savoir ce que je puis....»

Viéra l'écoutait les yeux baissés et le visage en feu.

«Viéra, je vous en prie, un mot, un seul mot.

—Que voulez-vous que je vous dise? répondit-elle enfin. Je ne sais.... Vraiment, cela dépend de mon père.

—Est-ce que tu es malade?» s'écria tout à coup Étienne.

Viéra tressaillit, leva la tête et vit son père qui la regardait d'un air inquiet. Elle s'approcha de lui.