Vous savez comme j'étais habile à apprivoiser les oiseaux à la montagne, et comme je les retenais sans cage, sur le toit, à la fenêtre et jusque sur mon lit. Je dis donc à Hyeronimo ce que je voulais faire.

—Émiette, lui dis-je, tous les matins, un peu de la mie de ton pain de prison, et répands ces miettes, toutes fraîches, sur le bord intérieur du mur à hauteur d'appui où tu t'accoudes quelquefois pour regarder couler l'heure au soleil; petit à petit, la plus hardie viendra becqueter entre les barreaux, puis jusque dans ta main; tu lui caresseras les plumes sans la retenir, et tu la laisseras librement s'envoler, revenir et s'envoler encore; bientôt elle aura pour toi l'amitié que toutes les bêtes ont naturellement pour l'homme qui ne leur fait point de mal, tu la prendras dans ton sein, elle becquettera jusqu'à tes lèvres, elle se laissera faire tout ce que tu voudras d'elle; moi, de mon côté, je vais en prendre une sur la margelle du puits et l'emporter sous ma chemise, dans mon sein, là-haut, dans ma chambre; je l'empêcherai seulement une heure ou deux de s'envoler, je lui donnerai des graines douces et du maïs sucré sur le bord de ma fenêtre, et je la lâcherai ensuite pour qu'elle rejoigne ses compagnes dans la cour; tu la reconnaîtras au bout de fil bleu que j'aurai noué à ses jambes roses, et c'est celle-là que tu apprivoiseras de préférence en faisant peur aux autres; au bout de deux ou trois jours, tu verras qu'elle viendra à tout moment te visiter, et qu'à tout moment aussi elle remontera de la lucarne à ma tour, pour redescendre encore de ma tour à ton cachot.

J'effilerai ma veste et ma ceinture, et quand le fil sera blanc, rouge ou bleu, cela voudra dire: «Bonne nouvelle! et, quand il sera brun ou noir, cela voudra dire: Prenons garde, tremblons et prions! Toi, tu lui attacheras un fil à la patte pour me dire: Je pense à toi, je t'ai comprise, je suis content ou je suis en peine. Nous saurons ainsi, à toute heure, grâce à ce messager, ce qui se remue dans nos cœurs ou dans nos sorts, sans que la présence du bargello dans la cour puisse empêcher nos confidences.»

CCIV

Quand le bargello rentra du tribunal et qu'il entendit la zampogne dans la cour, il vint à moi.

—C'est bien, me dit-il, mon garçon, j'aime que ma prison soit gaie et que mes prisonniers aient de bons moments que Dieu leur permette de prendre, même en leur donnant tant de mauvais jours.

Gaie!... Elle ne le sera pas longtemps, ajouta-t-il à voix basse et en se parlant à lui-même.

Je pâlis sans qu'il s'en aperçût, et je me doutais qu'on avait peut-être jugé à mort celui qu'ils appelaient le meurtrier. Je n'osai rien témoigner de mon angoisse, de peur de me révéler, et j'attendis que le bargello fût ressorti de la prison pour faire parler, si j'osais, sa bonne femme.

Hélas! je n'eus pas grand'peine à provoquer ces renseignements; dès que je la rencontrai, en sortant du cloître, dans la cuisine où j'allais chercher les paniers de provende pour le souper des prisonniers:

—Tu auras trop tôt une écuelle de moins à leur servir, me dit-elle avec une vraie compassion.