Il a paru réfléchir en lui-même longtemps, comme un homme qui doute sans rien dire; puis, en se levant pour s'en aller:
—Me promettez-vous, m'a-t-il dit, si cette grâce du mariage in extremis avec celle que vous aimez plus que le ciel et qui vous aime plus que sa vie vous est accordée, me promettez-vous d'embrasser le chef des sbires de bon cœur, et de bénir vos bourreaux, au lieu de maudire en mourant vos ennemis?
—Oui, mille fois oui, me suis-je écrié, ô mon père! et je le ferai de bon cœur encore, car ne devrai-je pas plus de bonheur que de malheur à ceux qui m'auront donné ainsi une éternité avec Fior d'Aliza pour quelques misérables années sur la terre!
CCXXXV
—Eh bien! m'a-t-il dit alors, tranquillisez votre pauvre âme malade, mon cher fils, ce que vous me demandez est bien difficile, impossible à obtenir des hommes peut-être, mais Dieu est plus miséricordieux que les hommes, et celui qui a emporté la brebis égarée sur ses épaules ramène au bercail l'âme blessée par tous les chemins. Je n'oserais prendre sur moi seul, sans l'aveu de mes supérieurs, sans le consentement de vos parents et sans la permission de l'évêque, d'unir secrètement deux enfants qui s'aiment dans un cachot, au pied d'un échafaud, et de mêler l'amour à la mort, dans une union toute sacrilége, si elle n'était toute sainte.
Mais si Dieu permet, pour votre salut éternel, ce que les hommes réprouveraient sans souci de votre âme; si le Christ dit oui par l'organe de ses ministres, qui sont mes oracles, soyez certain que je ne dirai pas non, et que j'affronterai le blâme des hommes pour porter deux âmes pures à Dieu!
Je vais d'abord consulter l'évêque aussi rempli de charité que de lumière, je monterai ensuite à San Stefano pour obtenir les dispenses de mes supérieurs; je confierai ensuite à votre mère et au père de Fior d'Aliza la mission sacrée dont je suis chargé auprès d'eux; j'obtiendrai facilement pour eux l'autorisation d'entrer avec moi dans votre prison, pour recevoir les derniers adieux du condamné, et pour ramener leur fille et leur nièce, veuve avant d'être épouse, dans leur demeure; préparez-vous par la pureté de vos pensées, par la vertu de votre pardon à l'union toute sainte que vous désirez comme un gage du ciel, et surtout ne laissez rien soupçonner ni au bargello ni à ceux qui vous visiteront par charité, du mystère qui s'accomplira entre l'évêque, vous, votre cousine, vos parents et moi; les hommes de Dieu peuvent seuls comprendre ce que les hommes de loi ne sauraient souscrire! Vous nous perdriez tous, et vous, hélas! le premier.
À ces mots, il m'a béni et j'ai baisé ses sandales.
Voilà, mot à mot, les paroles du père Hilario; mais j'ai bien vu à son accent et à son visage qu'il avait plus de confiance que de doute sur le succès de sa confidence à l'évêque et à ses supérieurs, et que mon désir était déjà ratifié dans sa pensée.