—Mais voyez donc quel temps! reprit Boris, tout troublé de cette subite décision.

—C'est le temps de la saison.

—Et allons-nous loin?

—Non; à une quinzaine de verstes de distance.

—Sans même déjeuner? demanda Boris.

—Le déjeuner ne nous occasionnera pas un long retard. Mais, tenez, allez vous habiller; pendant ce temps, je préparerai une petite collation: un verre d'eau-de-vie. Cela ne sera pas long. Nous ferons un meilleur repas chez la jeune veuve.

—Ah! c'est donc une veuve?

—Oui, vous verrez.»

Boris entra dans son cabinet de toilette. Pierre apprêta le déjeuner et fit harnacher les chevaux.

L'élégant Boris resta longtemps enfermé dans sa chambre. Pierre, impatienté, buvait, en fronçant le sourcil, un second verre d'eau-de-vie, lorsque enfin il le vit apparaître vêtu comme un vrai citadin de bon goût. Il portait un pardessus dont la couleur noire se détachait sur un pantalon d'une nuance claire, une cravate noire, un gilet noir, des gants gris glacés; à l'une des boutonnières de son gilet était suspendue une petite chaîne en or qui retombait dans une poche de côté, et de son habit et de son linge frais s'exhalait un doux arôme.