«Ah! s'écria Schoûltz en se tâtant les poches, ma pipe est restée sur la table.»

—Nous avons des cigares, dit Fritz en leur passant des cigares qu'ils allumèrent aussitôt et qu'ils se mirent à fumer renversés sur leur siége, les jambes croisées, le nez en l'air et le bras arrondi derrière la tête.

Katel paraissait aussi contente qu'eux.

«Y sommes-nous, monsieur Kobus? demanda Zimmer.

—Oui, en route, et doucement, dit-il, doucement jusqu'à la porte de Hildebrandt.»

Zimmer, alors, claquant du fouet, tira les rênes, et les chevaux repartirent au petit trot, pendant que le vieux postillon embouchait son cornet et faisait retentir l'air de ses fanfares.

Katel, sur le seuil, les suivit du regard jusqu'au détour de la rue. C'est ainsi qu'ils traversèrent Hunebourg d'un bout à l'autre. Le pavé résonnait au loin, les fenêtres se remplissaient de figures ébahies, et eux, nonchalamment renversés comme de grands seigneurs, ils fumaient sans tourner la tête et semblaient n'avoir fait autre chose toute leur vie que de rouler en chaise de poste.

Enfin, au frémissement du pavé succéda le bruit moins fort de la route. Ils passèrent sous la porte de Hildebrandt, et Zimmer, remettant son cor en sautoir, reprit le fouet. Deux minutes après, ils filaient comme le vent sur la route de Bischem: les chevaux bondissaient, la queue flottante, le clic-clac du fouet s'entendait au loin sur la campagne. Les peupliers, les champs, les prés, les buissons, tout cela courait le long de la route.

Fritz, la face épanouie et les yeux au ciel, rêvait à Sûzel. Il la voyait d'avance, et, rien qu'à cette pensée, ses yeux se remplissaient de larmes.

«Va-t-elle être étonnée de me voir! pensait-il. Se doute-t-elle de quelque chose? Non, mais bientôt, bientôt elle saura tout... Il faut que tout se sache!»