IV

Le tournoi finit. Le jeune Sîfrit reçoit l'investiture du domaine paternel; mais tant que son père et sa mère sont vivants, il se refuse par piété filiale à ceindre la couronne.

LA DÉTRESSE DES NIBELUNGEN

LE RÊVE DE KRIEMHILT

«Il croissait en Burgondie une jeune fille si belle, qu'en nul pays il ne s'en pouvait rencontrer qui la surpassât en beauté. Elle était appelée Kriemhilt, et c'était une belle femme! À cause d'elle beaucoup de héros devaient perdre la vie.

«De vaillants guerriers osaient, dans leurs désirs, prétendre comme il sied à la vierge digne d'amour; personne ne la haïssait! Prodigieusement beau était son noble corps. Les qualités de cette jeune fille eussent orné toute femme.

«Trois rois la gardaient, nobles et puissants: Gunther et Gêrnôt, guerriers illustres, et Gîselhêr, le plus jeune, un guerrier d'élite. La vierge était leur sœur, et ces chefs avaient à veiller sur elle.

«Ces princes étaient bons et nés d'une haute race. Héros accomplis, ils étaient démesurément forts et d'une audace extraordinaire. Leur pays s'appelait Burgondie: ils accomplirent des prodiges de valeur dans le pays d'Etzel.

«Ils habitaient en leur puissance à Worms sur le Rhin. Beaucoup de fiers chevaliers de leurs terres les servirent, avec grand honneur, jusqu'au temps de leur mort. Depuis ils périrent lamentablement par la jalousie de deux nobles femmes.

«Leur mère, reine puissante, s'appelait dame Uote. Leur père Dankrât, qui en mourant leur laissa son héritage, était doué d'une grande force; dans sa jeunesse, il avait aussi acquis beaucoup de gloire.