«Lorsqu'il fut dans la force de l'âge et qu'il put porter des armes, ou lui donna tout ce qui lui était nécessaire. Il commença par rechercher les belles femmes qui aimaient, mais en tout honneur, à voir le beau Sîfrit.
«Et voilà que son père Sigemunt fit savoir à ses hommes qu'il voulait donner une grande fête aux amis qu'il chérissait. La nouvelle en fut portée dans les pays d'autres rois; il donnait aux étrangers et aux siens cheval et vêtement.
«Et partout où l'on connaissait un noble jeune homme qui, selon la race de ses pères, devait être chevalier, on l'invitait à la fête dans le pays: depuis ils prirent l'épée avec le jeune roi.
«On pourrait dire merveille de cette fête solennelle. Sigemunt et Sigelint méritent d'obtenir grande gloire pour leur générosité; leur main fit de grandes largesses, d'où il advint qu'on vit dans le pays beaucoup d'étrangers chevauchant avec eux.
«Quatre cents porte-glaives devaient prendre l'habit en même temps que Sîfrit. Maintes belles vierges étaient infatigables à l'ouvrage, car elles lui étaient favorables. Ces femmes enchâssaient quantités de nobles pierreries dans l'or, qu'elles voulaient travailler en broderie sur les vêtements des jeunes et fiers héros; et il n'en manquait pas. L'hôte royal fil préparer des siéges pour un grand nombre d'hommes hardis, quand Sîfrit, vers le solstice d'été, obtint le titre de chevalier.
«Maints riches bourgeois et maints nobles chevaliers se rendirent à la cathédrale. Les sages vieillards faisaient bien de diriger les jeunes gens inexpérimentés, comme autrefois on avait fait pour eux. Ils jouirent là de plaisirs variés et de la vue des divertissements.
«On chanta une messe en l'honneur de Dieu. Les gens se pressaient en foule quand les jeunes guerriers furent créés chevaliers, d'après la coutume de la chevalerie, avec de si grands honneurs qu'on n'en vit plus de semblables depuis.
«Ils se précipitèrent vers l'endroit où se trouvaient les coursiers sellés. Dans la cour de Sigemunt le tournoi était si animé qu'on entendait retentir la salle et le palais tout entier. Les guerriers à la haute vaillance faisait un bruit formidable.
«On pouvait ouïr les coups des experts et des novices, et le fracas des lances brisées montait jusqu'au ciel. On voyait des mains de plus d'un héros les tronçons voler jusqu'au palais. La lutte était ardente.»
COMMENT SÎFRIT VINT À WORMS