«Lorsque le fort Sîfrit portait la tarnkappe il était d'une vigueur terrible. Son corps seul possédait la force de douze hommes. Il conquit avec grande adresse la femme superbe.
Ce chapeau était ainsi fait que celui qui le revêtait devenait invisible. C'est par ce moyen que Sîfrit conquit la belle Brunhilt. Il lui en arriva mal.
VI
Le roi Gunther, consent, selon les conseils de Sîfrit, à renoncer pour ce voyage matrimonial à la force et au nombre de son armée. Il ira seul avec quelques chevaliers d'honneur. Il va demander avec eux à sa sœur Kriemhilt de leur faire préparer des habits magnifiques.
«Elle les mena tous deux là où elle se tenait assise sur de riches coussins (je ne dois pas l'ignorer), ouvragés de beaux dessins et tout bosselés d'or. Ils eurent douce jouissance près des femmes.
«Regards d'affection, aspirations d'amour s'échangeaient souvent entre eux. Sîfrit la portait dans son cœur; elle était pour lui comme sa propre chair. Depuis, la belle Kriemhilt devint la femme du hardi guerrier.
«Le roi Gunther parla: «Ô ma très-noble sœur, sans ton secours notre projet ne pourra jamais réussir. Nous voulons jouter dans le pays de Brunhilt. Il nous faut donc de beaux vêtements pour paraître devant les femmes.»
La princesse dit: «Mon frère très-aimé, je vous offre mon aide sans réserve, et je suis prête à vous servir. Si quelqu'un vous refusait quoi que ce soit, ce serait une peine pour Kriemhilt.
«Vous ne devez point, nobles chevaliers, m'adresser de prières. Donnez-moi plutôt des ordres avec courtoisie. Tout ce que vous désirez, je suis prête à le faire, et je le ferai avec plaisir.» Ainsi parla la belle vierge.
«Nous voulons, sœur chérie, porter de bons vêtements; que votre blanche main nous aide à les choisir. Que vos femmes les achèvent, afin qu'ils nous aillent bien, car notre volonté ne se départira pas de cette expédition.»