«—Je le serai, dit Sîfrit. Je puis vous conduire là-bas sur les ondes, sachez-le, bons héros. Les véritables routes de la mer me sont connues.» Ils quittèrent gaiement les pays des Burgondes.

«Sîfrit saisit aussitôt un aviron et poussa la barque loin du rivage. Gunther prit lui-même une rame. Ils s'éloignèrent de la terre, ces héros rapides et dignes de louanges.

«Ils emportaient des mets succulents et le meilleur vin qu'on pût trouver sur le Rhin. Les chevaux étaient tranquilles: ils reposaient à l'aise. Le vaisseau marchait aussi tranquillement. Les guerriers n'eurent point de soucis.

«Les forts cordages de la voile furent solidement attachés. Ils firent vingt milles avant la nuit par un bon vent qui soufflait vers la mer.»

VII

Le douzième jour on aperçut le riche pays de Brunhilt. On convint que le roi Gunther passerait pour le seigneur du beau Sîfrit.

«J'accomplirai tout, dit le roi, pour posséder la belle vierge; elle est comme mon âme et comme mon corps. Je ferai tout pour qu'elle devienne ma femme.»

La barque qui portait le chevalier aborda près de la ville. De nombreuses et belles femmes les regardaient par la fenêtre du palais. Quatre-vingt-six tours et trois palais décorent la ville. Brunhilt s'informe des intentions de ces guerriers. Quelqu'un de sa suite lui en rendit compte.

«Ô dame,» dit-il, «je puis affirmer que jamais je n'ai vu aucun d'eux. Un seul me paraît ressembler à Sîfrit. Il convient de les bien recevoir: tel est mon avis, haute dame.

«Le second de ses compagnons a une noble apparence. S'il en avait le pouvoir, et s'il pouvait les conquérir, il serait digne d'être roi de vastes terres. Il a, parmi les autres, l'air d'un chef.